On a deux choix devant ce qui se passe au chemin Roxham.

1) Déchirer sa chemise en disant que ce qui se passe là-bas est inacceptable, puis réclamer à grands cris une solution simpliste qui n’a aucune chance de fonctionner.

2) Garder sa chemise intacte, en relever les manches et faire face à la situation.

Pour l’instant, on voit beaucoup plus de politiciens et de commentateurs choisir la première option que la deuxième. Ce n’est pas étonnant : elle est beaucoup plus simple.

Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, est le dernier en lice. La semaine dernière, il a dit craindre que le flot de migrants qui traversent par cette voie irrégulière provoque une « montée des extrêmes » au Québec et vienne menacer la « paix sociale » et le « tissu social ».

Ces propos ne sont pas très différents de ceux tenus par François Legault pendant la campagne électorale, qui avait notamment dit craindre que l’immigration menace la « cohésion nationale ». À l’époque, M. St-Pierre Plamondon en avait appelé au « sens des responsabilités » de ses adversaires, incitant à « élever le niveau des débats » au sujet de l’immigration.

Nous lui renvoyons cet appel. Parce qu’outre entretenir la peur, le chef péquiste ne propose pas grand-chose de constructif.

Sa principale solution – envoyer la Sûreté du Québec fermer Roxham – est vouée à l’échec. Nous l’avons déjà comparée à placer une roche dans une rivière en espérant en bloquer le cours. Les migrants passeront simplement par les bois et il faudra leur courir après.1

La réalité est que partout dans le monde, la violence, la pauvreté et les conséquences des changements climatiques poussent des gens à partir à la recherche de meilleurs cieux. La Colombie fait face à des flots de réfugiés du Venezuela. La frontière sud des États-Unis est traversée par 250 000 migrants… chaque mois. L’Italie, la Grèce, Chypre et Malte voient des bateaux chargés de demandeurs d’asile débarquer sur leurs côtes depuis des années.

Le Québec est maintenant confronté au même phénomène. Bien sûr que c’est troublant et que cela pose des défis de toutes sortes. Mais les solutions simples n’existent pas.

Lever l’Entente sur les tiers pays sûrs entre les États-Unis et le Canada, qui stipule qu’un migrant doit déposer sa demande d’asile dans le premier pays où il arrive ?

C’est pour contourner cette entente que les migrants passent par Roxham au lieu des voies régulières. Des groupes comme Amnistie internationale réclament l’abolition de l’entente, une demande actuellement étudiée en Cour suprême.

Mais cela voudrait dire que tout migrant qui arrive des États-Unis pourrait gagner le Canada par les voies régulières, donc en passant par la douane. Les conséquences sur le nombre de migrants qui cogneraient à nos portes sont inconnues.

Renégocier cette entente avec les États-Unis pour que le Canada puisse refouler les migrants qui se présentent à Roxham ? Ça ferait évidemment notre affaire, mais pas celle de Joe Biden – d’autant moins que les États-Unis sont dans une situation géographique beaucoup plus complexe que la nôtre et aux prises avec une migration irrégulière autrement plus grave à leur frontière sud.

Bref, s’il est facile de réclamer une telle renégociation, il est autrement plus complexe de convaincre les Américains d’embarquer. Sans compter que, entente renégociée ou pas, pas grand-chose n’empêchera un migrant qui veut gagner le Canada de passer par les bois.

Que faire en attendant ?

Nous voyons trois choses.

D’abord, mieux répartir le flot de migrants à travers les provinces. Nous l’avons déjà écrit, le fardeau du Québec est disproportionné.2

Ensuite, de concert avec les autres pays, dont les États-Unis, combattre les réseaux de passeurs criminels qui contribuent au problème en extorquant de l’argent à des gens particulièrement démunis.

Finalement, déployer toutes les ressources nécessaires pour accueillir dignement les gens qui arrivent chez nous. À l’heure actuelle, les structures d’accueil officielles débordent et le milieu communautaire (encore lui !) se retrouve à essayer d’éponger les dégâts avec des moyens qu’il n’a pas. L’histoire de cette jeune demandeuse d’asile enceinte et sans logis, racontée récemment par notre collègue Caroline Touzin, est intolérable.3

Les migrations humaines ne cesseront pas d’un coup. Organisons-nous pour faire face à la situation au lieu de crier en souhaitant qu’elle disparaisse par magie.

1. Lisez notre éditorial à ce sujet
2. Lisez notre éditorial au sujet du fardeau du Québec
3. Lisez « Enceinte, elle traverse l’Amérique et se retrouve sans domicile fixe »
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