Après nous avoir dit, sans rire, que le troisième lien serait « carboneutre », voilà que la Coalition avenir Québec flirte avec l’idée d’offrir une subvention pour le retour du baseball qui se ferait « à coût nul pour les contribuables ».

Publié le 9 déc. 2021

Franchement, c’est loufoque. Cette drôle de rhétorique ne convainc personne.

Le fait que des véhicules électriques circuleront dans le tunnel ne fait pas de ce chantier de 10 milliards de dollars un projet vert. Et le fait qu’il y a des retombées fiscales associées au retour du baseball à Montréal ne signifie pas que les subventions ne coûteront rien aux contribuables.

Il n’y a jamais rien de gratuit dans la vie. C’est une des premières leçons qu’on apprend aux étudiants en économie.

Qu’à cela ne tienne, le Groupe Baseball Montréal, piloté par Stephen Bronfman, demande à Québec une contribution financière qui pourrait aller jusqu’à 300 millions de dollars pour son projet de stade d’une valeur estimée à 1 milliard, révélait La Presse mardi ⁠1.

Depuis des mois, le premier ministre François Legault se dit ouvertement favorable au principe de la subvention à coût nul. Mais face au tollé, il a déclaré qu’il ne mettrait pas « un sou des contribuables là-dedans », en réponse à une question de Gabriel Nadeau-Dubois, à l’Assemblée nationale mercredi.

Mais lorsque le chef de Québec solidaire lui a demandé de préciser si cela signifiait qu’il n’y aurait pas de subvention à « coût nul », M. Legault a répliqué par des attaques personnelles peu édifiantes au lieu de répondre clairement à la question, ce qui aurait pourtant été si simple.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre François Legault

On comprend donc que François Legault reste disposé à puiser dans les coffres de l’État dans la mesure où les recettes fiscales (taxes et impôts) générées par la nouvelle équipe permettraient aux contribuables de récupérer leur argent à la longue.

Mais rien n’est moins sûr…

D’abord, l’impôt que les joueurs de baseball paieraient au Québec – environ 4,5 millions – ne serait pas entièrement de l’argent frais, car une partie de leurs salaires proviendrait de la vente de billets payés par des partisans québécois.

Sans équipe de baseball, ceux-ci auraient dépensé leur argent ailleurs, pour un spectacle d’humour, une pièce de théâtre ou un souper au restaurant, par exemple.

De cette façon, l’argent serait resté au Québec plutôt que d’aller dans les poches de joueurs de baseball étrangers qui vont dépenser leur fortune ailleurs.

Et la construction d’un nouveau stade de baseball ? Oui, cela créerait des emplois et rapporterait donc des impôts au gouvernement… mais pas plus que la construction de n’importe quoi d’autre.

À ce compte, on devrait plutôt utiliser l’argent des contribuables pour réparer les infrastructures publiques qui accusent un déficit d’entretien de 28 milliards, rien de moins.

Il est vrai qu’une équipe de baseball attirerait des touristes étrangers. Mais si on se fie aux États-Unis, moins de 5 % des spectateurs viendront de l’extérieur, ce qui signifie que la vente de billets n’apporterait pas beaucoup plus qu’un demi-million par année en taxes à la consommation à Québec et Ottawa ⁠2.

Même en ajoutant des dépenses touristiques pour les visiteurs qui passeraient la nuit à Montréal – ce qui n’est pas acquis –, on voit bien qu’on est loin du pactole.

Et la visibilité ? Bien sûr, une équipe de baseball contribuerait au rayonnement de Montréal, mais tout cela reste bien abstrait. Si le but est d’attirer des touristes, la métropole devrait plutôt s’offrir une campagne publicitaire à l’étranger.

Toujours est-il qu’on est loin d’une subvention à coût nul. Et même si Québec récupérait tout son argent, la subvention ne serait pas « gratuite » pour autant. Quand on investit, il faut toujours garder en tête les autres projets qu’on aurait pu financer avec cet argent et qui auraient pu apporter un meilleur rendement financier ou social. C’est ce qu’on appelle le coût d’opportunité ou de renonciation.

Bien sûr, une équipe de baseball, c’est populaire, c’est emballant.

Mais faut-il rappeler qu’il y a 145 000 patients qui souffrent en attendant une opération parce que Québec a tout le mal du monde à rattraper le retard que la pandémie a accentué ? Que la moitié de nos routes et de nos écoles tombent en ruine ? Que dans bien des quartiers, les jeunes manquent d’infrastructures sportives ?

Comme l’argent ne tombe pas du ciel, Québec ne doit pas perdre de vue ses véritables priorités.

1. Lisez « Bronfman demande des centaines de millions à Québec »
2. Lisez « Les Expos, un coup sûr pour l’économie ? »
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