La langue de bois est une maladie contagieuse qui s’attrape dès qu’on se lance en politique. Avec l’attrait du pouvoir, même les plus verbomoteurs laissent leurs anciennes idées au vestiaire, sous l’œil incrédule des électeurs.

Publié le 9 juin

Shirley Dorismond, Caroline St-Hilaire et Bernard Drainville n’avaient pas la langue dans leur poche avant de devenir candidats pour la Coalition avenir Québec (CAQ). Mais sitôt leur candidature annoncée, ils ont adopté la ligne de parti.

Quand on les questionne sur les anciennes idées qu’ils défendaient haut et fort, ils sortent la « cassette » et répètent la réponse préenregistrée du parti.

Prenez la nouvelle députée de Marie-Victorin, Shirley Dorismond, qui dénonçait vertement le racisme systémique avec son ancien chapeau de vice-présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

Elle avait même écrit sur Twitter qu’il n’y aurait pas de justice sociale tant que le racisme systémique existerait. Désormais, elle évite d’utiliser cette expression honnie à la CAQ. Son explication ? Il n’y a pas de consensus sur la question au Québec et parler de racisme systémique suscite la division et la haine.

En matière de demi-tour, c’est dur à battre.

Pour Bernard Drainville, le mot tabou est : souveraineté. Pourtant, celui qui vient d’accrocher son micro d’animateur au 98,5 FM pour se présenter dans la circonscription de Lévis est un ancien ministre péquiste. Et pas le moindre. Le père de la controversée charte des valeurs voulait devenir chef du Parti québécois, dont la première raison d’être est l’indépendance du Québec.

Mais aujourd’hui, il adhère totalement au discours nationaliste de la CAQ. Et son ancienne vie n’est plus qu’un souvenir. La souveraineté ? Silence radio.

Caroline St-Hilaire, qui portera les couleurs de la CAQ dans la circonscription de Sherbrooke, n’est pas en reste. L’ancienne députée bloquiste devenue commentatrice politique ne s’est jamais gênée pour critiquer le troisième lien à la télévision.

Surprise, surprise. La voilà maintenant en faveur de ce projet fétiche de la CAQ. Pourquoi ce changement de cap ? La nouvelle mouture du projet comprend désormais une « offre de transport collectif très intéressante », explique-t-elle. Ah bon ? Le projet revu et corrigé n’offrira une voie réservée aux autobus qu’aux heures de pointe, alors que le projet initial comportait une voie réservée en tout temps. Avancez par en arrière !

Bien sûr, la vie n’est pas statique. Les pensées évoluent. La société aussi. Et c’est tant mieux. Mais ce genre de conversion forcée ne convainc personne.

On comprend que les candidats ne peuvent pas être d’accord avec 100 % du programme politique du parti qu’ils rejoignent, ce qui les force à faire des compromis sur certains enjeux auxquels ils accordent moins d’importance.

Mais leur authenticité en prend pour son rhume lorsqu’ils renient des idées centrales qu’ils défendaient peu de temps auparavant. De quoi miner la confiance de la population envers nos dirigeants qui est déjà anémique, à seulement 43 %, selon le Baromètre de la confiance Edelman.

De son côté, l’écologiste Steven Guilbeault a maintenu son opposition au pipeline Trans Mountain lorsqu’il s’est joint au Parti libéral, qui avait approuvé le projet, mais avant son arrivée. On ne lui en a pas tenu rigueur.

Mais au Québec, la discipline de parti laisse bien peu de place aux députés qui veulent exprimer une opinion divergente, ce qui serait pourtant sain dans une démocratie.

La ligne de parti est plus stricte à l’Assemblée nationale qu’à la Chambre des communes, où les votes libres sont plus fréquents… mais jamais autant qu’à Londres, où les votes libres sont la règle, sauf avis contraire.

Chez nous, les partis mènent les débats au sein de leur caucus, loin des caméras, de crainte que les écarts d’opinion de leurs députés soient perçus comme des querelles internes par les médias et les électeurs.

La loyauté a ses vertus. L’unité aussi. Mais les députés ne sont pas des poteaux non plus. Pourquoi les museler, alors qu’ils ont un rôle important à jouer ?

Si la CAQ est vraiment une coalition, elle pourrait mettre la richesse de sa diversité en valeur.

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