Publié le 31 déc. 2021

Question à choix multiple : pourquoi le Québec est-il le seul endroit en Amérique du Nord à brandir un couvre-feu afin de mater la progression fulgurante du variant Omicron ?

a) Parce qu’on est « en avant de la parade », comme l’a affirmé le premier ministre François Legault, dans un point de presse d’urgence, jeudi.

b) Parce que le gouvernement a tardé à imposer des mesures de confinement avant Noël et qu’on paie maintenant pour ces quelques jours de grâce, avancent plutôt des experts de la santé.

Chose certaine, le Québec ne fait pas bonne figure à la lumière des plus récentes statistiques. Toutes proportions gardées, on dénombre deux fois plus de cas que l’Ontario et trois fois plus que l’Alberta et la Colombie-Britannique. Même les États-Unis s’en tirent mieux que le Québec depuis sept jours.

Et les chiffres officiels sont largement sous-évalués, car les cliniques de dépistage débordent. Beaucoup de gens n’arrivent pas à prendre rendez-vous à partir de la plateforme en ligne, qui était carrément hors service mercredi. Et parmi ceux qui font la queue, sans rendez-vous, certains se font retourner à la maison.

Solution de rechange : un test rapide. Mais ici encore, ça dérape. Après avoir boudé les tests rapides durant de longs mois, Québec a pris la décision d’en offrir aux Québécois trop tard pour le temps des Fêtes. Alors qu’on se les arrachait en pharmacie, le gouvernement envoyait un message confus sur leur utilisation. Un beau gâchis.

Laissées à elles-mêmes, les personnes déclarées positives à la COVID-19 doivent maintenant faire leur propre traçage en avertissant tous ceux avec qui elles ont été en contact, puisque le gouvernement manque de bras pour faire ces démarches, pourtant essentielles.

À cause du manque chronique de personnel, l’heure des choix difficiles a sonné.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, est rendu à demander aux soignants de travailler même s’ils sont infectés par la COVID-19. On ne remet pas en question le bien-fondé de cette consigne. Après tout, si votre vie en dépend, vaut mieux être opéré par un chirurgien atteint de la maladie que de ne pas être opéré. Il reste que si elle est mal encadrée, cette mesure de dernier recours pourrait transformer les hôpitaux en centre d’amplification de la pandémie, comme on l’a vu durant la première vague, alors que le personnel a largement contribué à la propagation du virus.

Déjà, notre système de santé est à genoux. Le nombre d’employés absents du réseau a doublé en une semaine, grimpant à 12 500, tout comme le nombre d’hospitalisations dues à la COVID-19, s’élevant à 939. Et ce n’est pas fini.

Face à la crise, il faut prendre tous les moyens pour éviter les ruptures de services.

Pour regarnir les troupes, Québec devrait accorder un permis temporaire aux soignants étrangers et demander aux étudiants en soins de santé de prêter main-forte dans les hôpitaux.

Malgré la fatigue, la population doit aussi se serrer les coudes, comme elle l’a si bien fait depuis le début de la pandémie. Et par équité, le gouvernement doit étendre au plus vite l’application du passeport vaccinal pour les 10 % d’adultes qui rechignent à se faire vacciner, mais qui ont toujours le droit de courir les centres commerciaux.

L’administration accélérée de la troisième dose et l’arrivée des antiviraux, dès que Santé Canada donnera son feu vert, seront aussi des facteurs déterminants pour freiner cette nouvelle vague, qui prouve à quel point notre système de santé est fragile.

Il l’était bien avant la pandémie. Et il le restera avec le vieillissement de la population, qui continuera à exercer de la pression au moins jusqu’en 2035.

Nous devrons probablement ouvrir notre portefeuille encore plus grand. Mais l’argent ne règle pas tous les maux. Déjà, le Québec dépense davantage, en proportion de son PIB, que les autres provinces canadiennes et que la moyenne des pays de l’OCDE.

Malgré un taux d’omnipraticiens supérieur à la moyenne canadienne, le Québec affiche une proportion nettement plus faible de personnes ayant un professionnel de la santé habituel qu’ailleurs au Canada.

Et les patients qui n’ont pas accès à un médecin de famille se retrouvent inévitablement dans les urgences, qui craquent. On y revient toujours : la solution doit passer par un renforcement des soins de première ligne.

Ça coûte cher d’avoir un bon système de santé. Mais ça coûte encore plus cher d’en avoir un mauvais. On en a la preuve aujourd’hui, avec les nouveaux sacrifices imposés à la population.

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