Cinq citations qui ont marqué la dernière année, vous en conviendrez avec nos éditorialistes

Publié le 27 déc. 2021
Philippe Mercure
Philippe Mercure La Presse
Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond La Presse

« Bonne Saint-Jean ! »

Quelle soirée ! Contre toute attente, le Canadien venait d’éliminer les Golden Knights de Vegas pour accéder à la finale de la Coupe Stanley pour la première fois en 28 ans. Par une belle soirée d’été, en pleine fête nationale du 24 juin. Les gens chantaient dans les rues. Les voitures klaxonnaient. Les feux d’artifice pétaradaient. Fidèle à son habitude, le centre québécois Phillip Danault s’est présenté en point de presse avec sa « pizza de la victoire » à la main. Il en a refilé une pointe à son coéquipier Cole Caufield, qui a mordu dedans avec l’air d’un gamin gêné qui commet un mauvais coup. Puis Danault a lancé son irrésistible « Bonne Saint-Jean ! » dont on va se souvenir longtemps. Les restaurants étaient alors rouverts depuis moins d’un mois. La vaccination progressait, le CH gagnait. C’est comme si tout le Québec tournait définitivement la page sur un hiver pénible marqué par la maladie et le couvre-feu.

Revoyez le point de presse

Philippe Mercure

« Si on va dans le Petit Robert, systémique, on dit que ça veut dire : relatif à un système dans son ensemble. »

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

François Legault, premier ministre du Québec

Systémique. Ce mot, la commission Viens n’a pas eu peur de l’écrire en 2019 dans son rapport sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec. Ce mot, la coroner Géhane Kamel l’a aussi employé cette année pour décrire les circonstances qui ont entraîné la mort atroce de Joyce Echaquan. Mais de son côté, le premier ministre François Legault refuse, encore et toujours, de reconnaître l’existence de racisme systémique. Citant le Petit Robert, il nous a expliqué que systémique veut dire : « relatif à un système dans son ensemble ». Et, selon lui, il n’y a pas au Québec de « système organisé qui part d’en haut » dans le but de discriminer les autochtones. Triste. En s’enfermant dans la définition étroite du dictionnaire, François Legault a raté une belle occasion d’amorcer une réconciliation. Comment s’attaquer à un problème quand on refuse de le nommer ?

Stéphanie Grammond

« Quand vous riez, vous êtes nerveuse. Arrêtez. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante et Denis Coderre lors d’un débat dans le cadre des élections municipales

Un nouveau look. Un livre. Une renaissance après une dépression. C’est une « version 2.0 » de Denis Coderre qu’on annonçait pour son match revanche contre Valérie Plante. Mais il a suffi de cette phrase, adressée à Mme Plante avec une condescendance inouïe lors du débat organisé par LCN, pour comprendre que le Denis Coderre cassant et autoritaire des vieux jours n’était pas disparu. Il serait exagéré de dire que l’intervention a coûté l’élection à Denis Coderre. Mais elle relève d’une attitude qui a considérablement nui à l’ancien ministre fédéral. En fin de campagne, son manque de transparence sur ses contrats dans le privé a sans doute définitivement coulé son rêve de reprendre la mairie de Montréal. On souhaite bonne chance pour la suite à M. Coderre, qui a beaucoup donné pour la vie publique. Quant à Valérie Plante, on lui souhaite de continuer à diriger la métropole… sans perdre son goût de rire.

Philippe Mercure

« Je vais vous faire une confidence. J’aurais aimé ça être dans le projet et qu’on me demande si je suis capable de rendre ça le plus écologique possible, parce que je suis convaincu que ça peut l’être, et que Québec est parfaitement conscient que ce projet-là a un potentiel positif en termes d’environnement. »

PHOTO BLAIR GABLE, ARCHIVES REUTERS

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Se prononcer sur le troisième lien dans le cadre de la campagne électorale fédérale et se dire convaincu qu’il peut être « écologique » ? Jacques Parizeau avait une expression imagée pour cette façon de se mettre les pieds dans les plats : s’autopeluredebananiser. La déclaration du chef du Bloc québécois l’aura hanté jusqu’au jour du scrutin. Rappelons qu’Yves-François Blanchet s’était donné un objectif ambitieux en début de campagne : atteindre 40 députés (sur 78 au Québec). En fin de compte, le Bloc a dû se contenter de 32 élus. Difficile d’évaluer l’impact de la déclaration sur ce résultat, mais si c’était à refaire, le chef du Bloc ne s’aventurerait certainement pas de la même façon sur ce terrain miné.

Alexandre Sirois

« Let’s go Brandon ! »

PHOTO BRIAN SNYDER, ARCHIVES REUTERS

Ce qu’il faut comprendre, au lieu de « Let’s go Brandon ! », c’est « Fuck Joe Biden ! »

La politique du caniveau ? Un combat de boue ? Ces expressions sont dépassées si on cherche à décrire l’état dans lequel est plongé l’univers politique américain. Un monde où vos rivaux ne sont plus des pairs que vous cherchez à convaincre du bien-fondé de vos idées, mais des ennemis dont il faut se débarrasser. « Let’s go Brandon ! », le cri de ralliement entonné par des citoyens américains d’un bout à l’autre du pays, est l’ultime symbole de cette dégénérescence. C’est la phrase codée (issue du nom d’un pilote de course NASCAR, à la source de ce qui semble avoir été, au départ, une hallucination auditive) qui leur permet de dire à Joe Biden d’aller se faire foutre. Ce qu’il faut comprendre, au lieu de « Let’s go Brandon ! », c’est « Fuck Joe Biden ! » Donald Trump n’est plus au pouvoir, mais l’état de santé de la démocratie américaine ne s’améliore pas.

Alexandre Sirois

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