On s’attendait à un sérieux tour de vis. Mais la conférence de presse de François Legault, malgré ses allures d’adresse à la nation, n’a pas débouché sur de nouvelles mesures sanitaires révolutionnaires.

Publié le 23 déc. 2021

À deux jours du réveillon, le premier ministre n’a pas voulu faire un « grincheux » de lui-même et gâcher Noël.

Soit. On préfère prendre ses responsabilités que de se faire imposer des règles. Mais le pari demeure risqué.

Le gouvernement a pris sa décision sans connaître la carte la plus importante dans son jeu : ce n’est que dans trois semaines qu’on saura si le variant Omicron est effectivement moins sévère que le Delta, comme le laissent espérer des études provenant notamment du Royaume-Uni. Sauf que d’ici là, Omicron aura le temps de se répandre puisqu’il est assurément beaucoup plus contagieux.

Alors, les Québécois doivent être extrêmement prudents s’ils ne veulent pas que le système de santé soit K.-O. après les Fêtes.

Déjà, Omicron pousse le Québec dans les câbles.

Sa progression exponentielle a fait grimper le nombre de cas à un record de 9000 cas, mercredi. Et le véritable chiffre est encore plus élevé, car beaucoup de Québécois découragés par les files d’attente interminables devant les cliniques de dépistage ne sont probablement pas allés se faire tester.

Depuis une semaine, le Québec est la province qui écope le plus, avec deux fois plus de cas par habitant que l’Ontario et trois fois plus que l’Alberta et la Colombie-Britannique.

Il faut dire que la vaccination avec une troisième dose accuse du retard par rapport aux autres provinces. Chez nous, seulement 8,7 % de la population l’a reçue, une proportion presque deux fois moindre qu’ailleurs au pays.

Il y a du chemin à faire. Mais notre système de santé est à genoux, après 22 mois de combat. Partout, on manque de bras pour endiguer cette nouvelle vague.

À preuve, le gouvernement demande maintenant aux personnes infectées de faire leur propre traçage, en contactant elles-mêmes tous ceux qu’elles auraient pu contaminer.

Québec veut ainsi déployer le maximum de personnel vers la vaccination. À ce chapitre, il est encourageant de constater que le nombre de doses quotidiennes administrées a été décuplé depuis la fin de novembre.

Signe de la surchauffe, le gouvernement demande aussi aux personnes qui n’ont pas de symptômes de ne pas se présenter en clinique de dépistage, même si elles ont été en contact avec une personne contaminée.

De plus, il conseille d’utiliser avec parcimonie les tests rapides dont on manque cruellement. Des pharmacies répondent à leurs clients qu’elles n’en recevront pas avant une semaine. Trop tard pour Noël !

Bien sûr, personne n’avait vu venir Omicron. Mais ce n’est pas quand le feu est pris qu’il faut courir acheter l’extincteur. De la même manière, il aurait fallu ajouter ces tests dans notre boîte à outils bien avant que le variant frappe.

Mercredi, le ministre de la Santé Christian Dubé assurait qu’il restait de la marge de manœuvre dans les hôpitaux où 55 % des lits prévus pour la COVID sont occupés. Mais ce n’est que dans une dizaine de jours qu’Omicron fera vraiment son entrée dans le système de la santé.

Alors tout le monde devra faire son effort pour réduire ses contacts au minimum, même si on en a ras le pompon. Même si les sondages démontrent que la moitié de la population commence à décrocher, à laisser tomber les mesures de base.

Ce n’est pas le temps de baisser la garde. Pas le temps de faire des excès qu’on paiera très cher après Noël, un peu comme des emplettes de Noël à crédit qui nous rattrapent en janvier avec les intérêts en prime.

De grâce, ne nous magasinons pas des ennuis après les Fêtes.

Et ce souhait s’adresse plus particulièrement aux non-vaccinés. On a appris mercredi que ceux qui ont refusé de se faire vacciner occupent la moitié des lits COVID-19, même s’ils ne représentent que 10 % des adultes au Québec.

N’ayons pas peur de le dire, c’est en grande partie à cause d’eux que l’ensemble de la population doit faire des sacrifices, que le réseau de la santé doit reporter des opérations, que les jeunes risquent de ne pas retourner à l’école en personne en janvier…

C’est donc à eux qu’on devrait serrer la vis, en appliquant le passeport vaccinal de manière encore plus large, par exemple. Et pour Noël, la moindre des choses qu’on peut leur demander, c’est de rester cloîtrés chez eux.

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