Sur quelle planète vivent les patrons du Canadien ? On dirait qu’ils n’ont jamais entendu parler de MeToo, à les voir dérouler le tapis rouge pour accueillir un joueur reconnu coupable d’un crime sexuel il n’y a même pas un an.

Quelle honte ! De quoi faire oublier aux partisans la victoire magique du soir de la Saint-Jean qui a mené l’équipe en finale de la Coupe Stanley.

En novembre 2020, alors qu’il jouait en Suède, l’Ontarien Logan Mailloux a photographié sa partenaire à son insu lors d’une relation sexuelle pour ensuite partager le cliché avec ses coéquipiers par messages textes.

Malgré tout, le Canadien vient de le repêcher, au premier tour, alors que 24 autres équipes avaient décidé de s’abstenir. Pour justifier l’injustifiable, le recruteur-chef du Canadien, Trevor Timmins, a répondu aux journalistes par un long silence pathétique.

Le DG de l’équipe, Marc Bergevin, y est allé d’une déclaration préfabriquée qui ne convainc personne :

« En sélectionnant l’espoir Logan Mailloux au 31e rang, l’organisation des Canadiens de Montréal obtient un joueur de hockey prometteur, mais également un jeune homme qui a récemment admis avoir commis une faute grave ».

Heu, pardon ? Il s’agit bel et bien d’un crime, pas d’une simple erreur de jeunesse. L’équipe banalise le geste de sa recrue en réduisant ses actes à une « faute grave ». Elle perpétue la triste perception qu’on devrait passer l’éponge plus vite pour les gens connus, talentueux et haut placés.

« Logan est au courant des impacts de son geste. Sa sortie publique représente à nos yeux les premiers pas d’un cheminement personnel et d’une prise de conscience sincère.

Ah bon ! Avant de parler de « prise de conscience », l’équipe n’a pas demandé l’avis de la victime qui n’a pas pardonné au joueur. Pour elle, les trois petites phrases d’excuses qu’il lui a envoyées à sa demande ne démontrent pas qu’il éprouve un véritable regret.

« Nous prenons aujourd’hui l’engagement d’accompagner Logan dans son cheminement, de lui fournir les outils pour lui permettre de prendre de la maturité et l’aide nécessaire pour le guider dans sa démarche. »

S’il avait tant voulu l’aider, le CH aurait laissé dans l’ombre Logan Mailloux, qui avait lui-même dit qu’il ne souhaitait pas être repêché dans la Ligue nationale de hockey cette année.

Il s’était placé lui-même au banc des pénalités, et le Canadien est allé le chercher quand même. Ce n’est pas en le poussant contre son gré sous les projecteurs qu’on l’aidera dans sa démarche.

On ne dit pas que Logan Mailloux ne devrait jamais jouer dans la Ligue nationale, qu’il n’aura pas droit à une deuxième chance. Mais en le recrutant immédiatement, le CH le fait entrer par la grande porte, comme si de rien n’était.

« Nous sommes également engagés à sensibiliser nos joueurs aux répercussions que peuvent avoir de tels gestes sur la vie des autres. »

Bien sûr, on est tous pour la sensibilisation. Mais avec ce repêchage, le CH envoie plutôt un affreux signal de banalisation des crimes sexuels que le monde du sport – et la société en général – s’évertue à combattre.

Les Canucks de Vancouver viennent d’exclure de leur équipe de hockey l’attaquant Jake Virtanen qui est poursuivi au civil pour agression sexuelle. Les Dodgers de Los Angeles ont suspendu Trevor Bauer, pourtant l’un des meilleurs lanceurs du baseball majeur, qui aurait frappé une femme lors de relations sexuelles.

En laissant au vestiaire la morale et l’éthique, le Canadien a trouvé une occasion de mettre la main à rabais sur un joueur de talent que les autres équipes ont eu la décence de laisser sur le banc.

Il est triste que penser que l’équipe a fait le calcul que les amateurs de sports dont les yeux sont tournés vers les Olympiques passeraient vite l’éponge. Plus vite que le temps qu’il faut pour effacer de l’internet des images qui peuvent ruiner une vie.

Il n’est pas trop tard pour revenir en arrière. Vaut mieux perdre son premier choix au repêchage que de perdre la face.