Vous avez 11 ans. Lors du premier jour de la saison de football, on vous montre un pèse-personne. Si vous pesez plus de 135 livres, on vous donne un choix : allez jouer avec les plus vieux ou acceptez de porter un X sur votre casque. Vous n’aurez alors pas le droit de botter ou de porter le ballon.

Cette règle, qui apparaît dans le livre vert de règlements de Football Québec, a fait sursauter des parents de jeunes joueurs, devenus, à un très jeune âge, obsédés par leur poids. Suspendu pendant la pandémie, ce règlement qui touche les enfants de 8 à 14 ans est à nouveau en vigueur cet été dans plusieurs ligues de football de la province et des parents en ont dénoncé l’existence dans les pages du Journal de Montréal. Avec raison.

Même de loin, on peut imaginer tous les dérapages qui peuvent être liés à une telle pratique : perte d’estime de soi, ostracisme, perte d’intérêt pour le sport. Pas très difficile de se mettre dans les souliers d’un petit garçon costaud ou un peu rond qui se voit marqué au fer rouge à cause de son poids alors qu’il n’a pas encore atteint l’âge de la puberté.

Et au nom de quoi ? Au nom de la sécurité des plus petits joueurs, explique Football Québec, tout en avouant qu’il n’y a pas de données permettant d’évaluer le danger réel. Si elle souligne que la sécurité n’est pas un élément à négliger, l’organisation ne prend pas à son compte le règlement controversé et explique que ce sont ses membres associatifs qui l’ont adopté et ont le pouvoir de s’en débarrasser ou de le modifier. Ils pourraient notamment donner la responsabilité aux entraîneurs et aux arbitres de garder tout le monde en sécurité sur le terrain plutôt que d’étiqueter les enfants.

Malheureusement, la rencontre où ce règlement devait faire l’objet de discussions plus tôt cette année a été interrompue abruptement pour des questions de politique interne avant la tenue du débat, nous explique-t-on. C’est dommage.

La bonne nouvelle, c’est que ça permettra à tout le monde de prendre un pas de recul pour y réfléchir à tête reposée, mais surtout, pour mettre la question dans un cadre beaucoup plus large : celui de la santé des enfants.

Ces derniers mois, il a beaucoup été question de l’impact important de la pandémie sur la santé mentale des mineurs, mais il a été moins question de l’impact sur la santé physique.

Pourtant, ça ne prend pas la tête à Laurent Duvernay-Tardif pour formuler l’hypothèse que pendant les longs mois de confinement, la plupart des enfants ont bougé beaucoup moins qu’à l’habitude. Les sports d’équipe ont été parmi les premières victimes des deux grandes vagues covidiennes. Ça laisse des marques.

Et même avant la pandémie, la situation n’était pas reluisante. En 2017, le directeur du Groupe de recherche sur les aptitudes physiques des enfants de l’Université du Québec à Chicoutimi, Mario Leone, s’inquiétait déjà de la dégradation de la santé des petits Québécois et montrait du doigt les télévisions, les tablettes et les téléphones cellulaires devant lesquels beaucoup d’enfants passent de 35 à 40 heures par semaine.

Parmi les conséquences les plus mesurables : une chute de la capacité pulmonaire et un taux de plus en plus élevé d’enfants présentant un surplus de poids. L’obésité juvénile a notamment triplé en 30 ans au pays.

Quels sont les principaux remèdes prescrits pour améliorer la situation ? Manger sainement et faire 60 minutes d’activité physique par jour. De marche, de course, de sport !

Donc, quand un enfant se décolle le nez des écrans en 2021, qu’il met le nez dehors ou enfile un uniforme sportif, la dernière chose qu’on devrait lui rappeler, c’est combien il pèse !

Au lieu de ça, cet enfant aura surtout besoin d’avoir du plaisir à jouer, à découvrir les différentes positions qu’il peut occuper sur le terrain et à se lier d’amitié avec ses coéquipiers. C’est comme ça qu’on trouve sa place dans un sport et qu’on en redemande.

Et c’est aussi comme ça qu’on apprend que ça prend des joueurs de toutes les tailles et de tous les poids pour former une équipe équilibrée. Au football, mais aussi au soccer, au rugby, au hockey, au basketball et au volleyball. Dans la vie en général. Chez les garçons et chez les filles.

Et une fois qu’on a acquis une belle confiance en soi et qu’on sait que notre corps, malgré toutes ses limites et ses imperfections, est capable de grandes choses, on détient un trésor pour la vie.