Lorsque la Ville de Toulouse a annoncé la création d’une troisième ligne de métro, le projet n’a pas fait l’unanimité. Porté par le maire, honni par l’opposition, le projet de train de 27 km a finalement fait l’objet d’un vote populaire. Il a reçu l’aval de 72 % de ceux qui ont enregistré leur voix.

Voilà une bien bonne idée dont pourrait s’inspirer CDPQ Infra, la filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec derrière l’immense projet de train léger qui desservira l’est et le nord-est de l’île de Montréal, le Réseau express métropolitain (REM) de l’Est.

Cette idée ne leur est d’ailleurs pas étrangère. Elle a été évoquée pas plus tard que jeudi lors d’un webinaire organisé par CDPQ Infra auquel participait Jean-Jacques Laporte, directeur d’opération du grand chantier toulousain.

Pour le moment, ce n’est pas dans les plans de la Caisse.

Pourtant, en matière d’acceptabilité sociale, le projet de REM de l’Est ne roule pas exactement sur un nuage. On se rappellera qu’en février dernier, deux firmes d’architectes se sont retirées du projet parce qu’elles refusaient d’être associées à un train qui défigurera le centre-ville de Montréal. Ouch.

Au même moment, une pétition signée par plus de 2000 personnes était déposée à l’Assemblée nationale pour demander des consultations rigoureuses et l’intervention d’experts indépendants. Le week-end dernier, des citoyens et des élus ont tenu une manifestation dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

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CDPQ Infra n’a pas été insensible à ces doléances. Et c’est à son honneur, considérant que le gouvernement du Québec lui a laissé les coudées franches pour imposer son projet de transport collectif.

L’organisation a mis sur pied un comité de conseillers indépendants de renom qui se penchera notamment sur le design de la structure aérienne du train léger. Son rapport sera rendu public avant la fin de l’année et avant les audiences du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement qui doivent avoir lieu en 2022.

Le promoteur tient aussi actuellement des séances d’information et de consultation dans les divers quartiers qui seront desservis par le REM 2.0, mais aussi qui seront affectés par les structures mises en place. Mercredi, plus de 200 personnes y ont participé, faisant entendre leurs appréhensions : la crainte de voir une cicatrice de béton traverser en hauteur leur quartier, la peur de voir un parc disparaître sous les pylônes, l’inquiétude de voir des milieux de vie transfigurés par un projet qui n’a pas été pensé pour eux. La liste est longue, et beaucoup de ces peurs sont justifiées.

Il faudra voir maintenant si CDPQ Infra prend vraiment au sérieux tous ces commentaires.

Pour le moment, l’organisation promet de « bonifier », d’« aménager » son projet grâce aux consultations, mais jamais il n’est question de le repenser de fond en comble ou d’abandonner la structure aérienne qui est au cœur de la controverse.

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Et ça nous ramène au péché originel dans cette affaire. Au lieu de consulter en amont, CDPQ Infra a travaillé 18 mois en silo avant de présenter son projet de REM de l’Est au public en décembre dernier. C’est un cas classique de charrue avant les bœufs.

Bien sûr, il reste encore beaucoup de travail de planification avant que le projet soit final en 2023, comme le fait remarquer CDPQ Infra. Et les audiences du BAPE à venir ne sont pas à négliger. Cependant, pour qu’elles portent leurs fruits, il faudra que le gouvernement en place y prête plus attention qu’à ce qui a été rédigé lors de la construction de la première partie du REM et qu’il s’assure que CDPQ Infra se plie aux recommandations.

Une fois le projet amélioré, voire remanié, ce sera le temps de se tourner à nouveau vers la population concernée par la construction de cette nouvelle infrastructure avant de commencer les travaux. Pour s’assurer de son adhésion. Après tout, ce REM de l’Est devrait transporter de joie ceux qui en bénéficieront, pas leur passer sur le corps.