On dit que la relance doit être verte. Fort bien. Mais si on veut une relance tout court, elle devra aussi être grise.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Pour avoir de la croissance économique, il faut de la création d’emplois. Et pour ça, il faut des bras et des cerveaux. Mais comment y arriver alors que notre bassin de main-d’œuvre est en déclin ?

Attirer plus d’immigrants ? Bien sûr, mais cela pose un défi d’intégration.

Hausser le taux de participation des femmes au marché du travail ? Le Québec y est déjà parvenu avec brio, grâce aux services de garde. On espère d’ailleurs qu’Ottawa emboîtera le pas dans son budget, lundi.

Alors, quoi d’autre ? Il faut maintenant jouer la grande séduction auprès des travailleurs d’expérience pour les convaincre d’étirer leur carrière.

Sinon, l’économie en pâtira.

Déjà, on compte presque 150 000 postes vacants au Québec, malgré la pandémie. Pas étonnant que 95 % des entreprises québécoises aient du mal à recruter du personnel, selon un récent coup de sonde du Conseil du patronat du Québec. Pire : La moitié des entreprises ont été obligées de refuser des contrats à cause d’un manque de ressources humaines.

Imaginez ce que ce sera lorsque l’économie aura retrouvé son souffle. La pénurie de main-d’œuvre freinera notre lancée. Et beaucoup de projets d’investissement resteront sur les blocs de départ.

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Alors, davantage de cheveux gris ? Oh que oui ! Il est vrai que le phénomène du report de la retraite est bien enclenché depuis les années 90. Mais il reste du chemin à faire.

Au Québec, la moitié (49 %) des personnes de 60 à 64 ans sont au boulot, sept points de moins qu’en Ontario. Parmi les 65 à 69 ans, moins du quart (22 %) des Québécois travaillent, six points de moins qu’en Ontario.

En rattrapant nos voisins, on pourrait compter sur 72 000 travailleurs supplémentaires, estime la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke.

Ce n’est pas rien.

Pour y arriver, il faudrait bonifier les outils qui ont fait leurs preuves.

Par exemple, le crédit d’impôt pour le prolongement de carrière, offert par Québec depuis 2012, a obtenu des résultats probants. La mesure fiscale a permis de maintenir ou de créer 27 000 emplois, constate une étude diffusée cette semaine.

Consultez l’étude

On pourrait donner encore plus d’attrait à ce crédit en haussant de 11 000 $ à 18 000 $ les revenus de travail qu’un travailleur de 65 ans et plus peut gagner sans avoir à payer d’impôt.

Une autre idée : Québec devrait arrêter de forcer les travailleurs de 65 ans et plus à cotiser au Régime de rentes du Québec (RRQ), en suivant le modèle du Régime de pensions du Canada, le frère jumeau du RRQ dans le reste du Canada.

Ces ponctions sont décourageantes, surtout pour les travailleurs autonomes qui doivent verser aussi la portion de l’employeur. Et elles ne rapportent que des miettes en bonification de rente.

Mais c’est bien beau d’encourager les travailleurs à poursuivre leur carrière, encore faut-il que les employeurs les engagent. Or, certains rechignent parce que la gestion d’employés à temps partiel est plus lourde.

Pour aider les PME à s’adapter, Québec a réduit les charges sur leur masse salariale, en 2019, un cadeau qui peut atteindre 1875 $ par employé. Cette mesure mériterait d’être élargie aux grandes entreprises.

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Mais il n’y a pas que l’argent dans la vie. Pour garder les travailleurs au boulot, il faut surtout améliorer leur qualité de vie au travail.

Après 65 ans, qui a envie de travailler à un train d’enfer ? Si on veut garder les travailleurs plus âgés, il faut leur permettre de continuer à leur rythme. Moins de responsabilités et de stress. Plus de temps partiel et de flexibilité.

Sinon, ceux qui ont pris goût au télétravail, depuis un an, n’auront peut-être pas envie de retourner en mode métro-boulot-dodo. Tant la Bourse que l’immobilier ont fait des avancées spectaculaires depuis un an, ce qui a enrichi les épargnants et les propriétaires. Par ailleurs, avec le confinement, les gens ont appris à vivre en dépensant moins.

Il serait dommage qu’ils tirent leur révérence à cause de la pandémie.

Démographiquement, la situation actuelle ne va pas s’améliorer. C’est écrit dans le ciel.

Les baby-boomers sont âgés de 56 à 75 ans. Les cohortes les plus nombreuses ont entre 62 et 64 ans, exactement l’âge où l’on songe à la retraite. S’ils restaient sur le marché du travail, ne serait-ce qu’un an de plus, ça ferait toute une différence.

Mais il ne faut pas oublier que les boomers ont aussi des parents âgés de 80 ans et plus dont ils doivent prendre soin. Pour les accommoder, les employeurs devront donc faire preuve de souplesse et réaliser que la conciliation travail-famille, ce n’est pas juste pour les jeunes qui ont des tout-petits.

Mais pour l’instant, certains employeurs ont encore le réflexe de pousser leurs employés plus âgés vers la sortie. C’est plutôt l’âgisme qu’ils devraient mettre à la porte.