Où est donc passée Marguerite Blais ?

Agnès Gruda Agnès Gruda
La Presse

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants a refusé de parler à nos collègues Katia Gagnon et Ariane Lacoursière du dossier, pourtant crucial, des soins à domicile pour les personnes âgées.

Tout comme elle a rejeté toutes les demandes d’entrevue au sujet de leur reportage percutant publié lundi.

« Elle est pas dispo », s’est contentée de répondre par texto son attachée de presse alors que nous cherchions à obtenir les réactions de Mme Blais.

Ce rejet cavalier, sans raison précise, pour des entrevues portant sur un dossier qui se trouve au cœur du mandat de la ministre est plus que troublant.

Dans un récent reportage de l’émission Enquête revenant sur la vague de contamination qui a fait 5000 morts dans les CHSLD au printemps dernier, Mme Blais avait étalé son désarroi devant cette tragédie.

Elle avait eu alors cette phrase révélatrice : « Vous avez le pouvoir que le premier ministre vous donne. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais

Ce constat d’impuissance en aurait conduit d’autres à démissionner. Mme Blais, elle, reste en poste. Et fuit les médias quand un sujet relevant de sa responsabilité exige son intervention. Il faudra bien finir par se demander si les aînés ont encore une vraie ministre ou s’il s’agit d’un rôle de figuration.

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Pourtant, il y avait bien des choses à dire sur le constat dressé dans notre reportage.

On y apprenait qu’au Québec, obtenir des soins à domicile pour une personne âgée relève d’un parcours du combattant. Qu’un homme atteint de la maladie d’Alzheimer a dû attendre deux ans avant de recevoir son « plan de services ». Vous avez bien lu : pas pour recevoir des services, mais un plan !

À bout de forces, ses proches ont opté pour le placement en résidence où il est mort en quelques mois.

Ce cas n’est pas unique, loin de là. Car malgré quelques années de rattrapage, les soins à domicile restent le parent pauvre de la palette de services offerts aux aînés — dont le nombre croît à la vitesse grand V.

Depuis 20 ans, le nombre de Québécois âgés de plus de 85 ans est passé de 75 000 à 200 000. Dans 15 ans, ils seront 400 000.

Le nombre de personnes bénéficiant du Programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées reste pourtant inférieur aujourd’hui à ce qu’il était il y a huit ans.

Le Québec investit moins que les autres pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques en soins de longue durée. Et on traîne la patte pour ce qui est des soins prodigués à domicile.

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Ces derniers coûtent pourtant infiniment moins cher que l’hébergement en CHSLD. Ça tombe bien : la plupart des aînés préfèrent rester chez eux le plus longtemps possible. Avec la COVID-19, les résidences pour aînés, toutes formules confondues, font carrément peur.

Quand elle veut bien parler aux médias, la ministre Blais continue pourtant de pavoiser avec ses chics « maisons pour aînés » qui, si elles finissent par voir le jour, ne pourront même pas absorber les 3000 personnes âgées en attente d’hébergement.

Avec le « papy boom » qui nous fonce dessus, on est loin d’un modèle d’avenir…

Cette révolution démographique ne fait que commencer. Il ne suffira pas de colmater quelques brèches budgétaires ici et là pour répondre aux défis qu’elle pose.

Dans les années 90, le Québec s’est doté d’une politique familiale moderne et efficace. On s’en félicite encore aujourd’hui.

C’est le temps de penser à une « politique de la vieillesse » axée autour du maintien à domicile : la formule la plus humaine et la moins coûteuse.

Idéalement, avec un ministre qui se démène pour avoir la marge de manœuvre dont il a besoin pour brasser la cage.