Vos réactions à l’éditorial d’Alexandre Sirois* sur la gouvernance scolaire publié le 20 juin

Publié le 22 juin 2021

On ne s'improvise pas administrateur

Est-ce qu’une partie du problème de gouvernance ne serait pas également le fait que les parties prenantes à ces changements n’ont pas été bien formées et encadrées ? Est-ce que les membres des conseils d’administration des centres de services scolaires composés de parents, de membres de la communauté et du personnel du centre ont été formés et encadrés afin de jouer leur rôle d’administrateur au sein d’un conseil ? Si ce n’est pas le cas, il est peu surprenant, à mon avis, que des conflits éclatent entre la direction générale et des membres du conseil d’administration. Le problème des conseils d’administration des centres de services scolaires m’apparaît similaire à celui des syndicats de copropriétés. Quiconque le souhaite peut s’improviser administrateur ou gestionnaire de copropriété sans formation ni encadrement et du jour au lendemain, administrer les biens d’autrui dont la valeur peut facilement dépasser plusieurs millions de dollars. Être administrateur d’une organisation demande des connaissances et des aptitudes particulières et c’est encore plus vrai dans un contexte où l’encadrement législatif et réglementaire est significatif et que les dépenses ou les actifs sous gestion sont importants.

Denis Chalifour, juricomptable et praticien en éthique et conformité d’entreprise

La compétence avant la représentativité

Depuis quand un conseil d’administration devrait-il être composé de personnes représentant des intérêts particuliers ? La base de composition d’un conseil devrait une grande diversité de compétences et non la représentativité. De façon générale, les politiciens ont peu de savoir en gestion et ont tendance à reproduire leur propre modèle de représentativité.

Gilles Lacoste

Il faut clarifier les mandats

Quel pouvoir ce modèle de gouvernance en partenariat 5-5-5 a-t-il sur la direction générale ? Ce directeur général rend-il ses comptes au ministre ou aux 15 membres de son conseil ? Quelles sont les règles d’éthique et de distance organisationnelle des 15 membres par rapport à leur groupe de provenance (parents, syndicats et communautaires) ? Établir les priorités, faire les compromis entre les besoins et les budgets disponibles, développer les mécanismes de gestion et de partage des pouvoirs et responsabilités avec la direction générale va demander beaucoup de communication et de doigté. Le ministre doit soutenir ces changements avec son ministère par des formations et des clarifications sur les mandats et rôles de chacun.

Claude Desmarais, Longueuil

Une réforme à revoir

L’idée de repenser le système des commissions scolaires était bonne, mais la façon dont cela a été fait est tout autre. Centralisation du pouvoir, baisse démocratique, le capharnaüm des parents pour un service. On n’a rien fait pour sauver les élections scolaires, par exemple les tenir en même temps que les élections municipales ou provinciales pour augmenter la participation citoyenne. Bref ! Il devra y avoir des amendements à cette réforme !

Jean-Claude Lemieux

Le bonnet d'âne à François Legault

Dès sa mise en place, cette nouvelle réforme caquiste a suscité beaucoup de critiques et d’interrogations sur sa pertinence. François Legault avait « décidé d’en finir avec les élections scolaires » et du même coup de « se débarrasser des commissaires » et d’instaurer les centres de services qui suscitent actuellement cette tutelle. Cette décision appartient à François Legault et une fois de plus c’est au ministre Roberge qu’on fait porter le blâme. M. Roberge a une fois de plus « bon dos » comme dans tous les dossiers boiteux attribués au ministère de l’Éducation. Il est loin d’être clair que ces décisions lui appartiennent toutes. Finira-t-il par rejoindre le Parti conservateur du Québec pour espérer pouvoir s’exprimer librement ?

Nicole Lavoie

La démocratie scolaire avait du bon

Je ne partage pas votre opinion quant à la légitimité des commissions scolaires. C’était là un des rares endroits où l’on pouvait encore exercer le droit à la démocratie. Quand tout va bien, on ne bouge pas, mais dans le cas contraire, on s’exprime. Quand des électeurs étaient insatisfaits d’un commissaire, ils s’organisaient pour le remplacer et quand il y avait un problème dans un établissement scolaire, ils se pointaient à une réunion du conseil et faisaient connaître leurs vues. La démocratie, ce n’est pas seulement utiliser le droit de vote ; d’ailleurs à peine un citoyen sur trois a voté pour le gouvernement en place et pourtant on ne remet pas en question sa légitimité. Actuellement, le payeur de taxes scolaires n’est plus représenté et il n’y a plus personne qui doit rendre des comptes à cet égard. Auparavant, le système démocratique en place, même s’il n’était pas utilisé à la hauteur souhaitée en matière d’élection, permettait au contribuable de s’exprimer s’il le jugeait opportun. D’ailleurs il faut rappeler que les élus étaient conscients du faible taux de participation aux élections scolaires et ont offert à maintes reprises leur collaboration pour améliorer cette situation, mais le ministre Roberge les considérait plutôt comme « un caillou dans son soulier ». Des changements s’imposaient, mais ils auraient pu être amenés dans l’harmonie et éviter les déboires vécus actuellement dans les centres de services scolaires.

J. Antonio Blouin

Place aux professeurs

Le conseil d’administration devrait être géré par des professeurs qui ont fait la preuve de leur excellence et de leur engagement à rehausser et rebâtir des écoles saines et efficaces où la transmission du savoir et l’ambiance des lieux mèneront l’enfant à savoir utiliser son intelligence et aiguiser son sens de la curiosité et de l’analyse. Les enfants sont les citoyens qui, demain, sauront forger un avenir qui allie créativité, compétences et valeurs morales de notre Belle Province.

Viviane Poirier

Le mauvais outil

Un conseil d’administration est un outil de gouvernance qui ne convient nullement à un service public. Conçu à l’origine pour préserver les intérêts des actionnaires, il n’arrivera jamais à protéger les intérêts de la clientèle d’un service public, au plus il sert à défendre les objectifs de la direction ou pire encore de ses propres membres. Un simple comité de surveillance suffirait, s’il est indépendant, ferait un travail beaucoup plus efficace et allégerait la structure de décisions plutôt que de la gonfler inutilement.

Christian Castonguay

Une erreur magistrale

J’ai occupé la fonction de directeur général pendant 18 ans (9 ans à Saint-Jérôme et 9 ans à Montréal, CECM et CSDM).

Selon moi, l’abolition des commissions scolaires est une erreur magistrale.

On la justifie par le peu de participation aux élections scolaires. Qu’a-t-on fait pour stimuler cette participation ? Rien : aucun financement aux candidats, aucun soutien à la visibilité du débat et des enjeux et aucune reconnaissance aux formations politiques impliquées. Si les partis politiques provinciaux devaient travailler dans les mêmes conditions, la participation aux élections provinciales serait en chute libre.

De plus, la vie démocratique ne se résume pas au jour de l’élection. Comme le disait Jean-Marc Fournier, ancien député et ministre libéral, c’est chaque jour qu’elle s’exerce dans le dialogue constant de l’élu et de ses commettants et dans l’impact que ce dialogue exerce sur les décideurs. De plus, elle permet une reddition de comptes locale. Lorsque des parents se présentaient au conseil des commissaires pour dénoncer une situation, comme DG, je recevais immédiatement un mandat de correction et devais y donner suite.

Dans la nouvelle structure, c’est le directeur général en définitive qui est le décideur et non le conseil d’administration et sa reddition de comptes est inexistante, sinon au ministre dans le cas de problèmes majeurs.

La nouvelle structure est une centralisation des pouvoirs au ministre de l’Éducation. Les conseils d’administration n’ont aucun pouvoir d’influence. Quand les membres de ces conseils s’en rendent compte et qu’ils refusent d’être manipulés, ils démissionnent.

Beau gâchis ! Et pendant ces querelles de structures et de pouvoirs, les problèmes du système scolaire doivent attendre.

Yves Archambault

Deux centres valent mieux qu’un

Ne serait-il pas temps d’envisager la scission de ce centre scolaire en deux centres ? Pourquoi garder un centre qui gère autant d’écoles, près du double du deuxième centre de services scolaire en importance au Québec ?

Sophie Lapointe

Lisez « La tutelle s’imposait (mais Québec doit revoir sa copie) »