Et s’il y avait du bon dans cette crise forcée ? s’interrogeait François Cardinal, dimanche, lors de son premier rendez-vous hebdomadaire pour donner la parole aux lecteurs de La Presse. Voici un aperçu des courriels reçus.

Publié le 31 mars 2020

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Je travaille plus que jamais

Tant mieux pour tous ces gens qui en profitent, mais moi, je travaille plus que jamais et suis confinée dans mon bureau six jours par semaine sans répit les fins de semaine… Pas très bon pour le moral et la santé.

— Josée Levac

Profitez des bons moments

C’est vrai que l’on prend le temps. Le temps de téléphoner à nos proches, le temps de faire des choses que l’on ne faisait plus, comme colorier ; j’adore ! Le temps de se remettre à faire la cuisine. L’appel de mes petits-enfants qui me demandent tous les jours si je vais bien et la blague de mon gendre Richard, qui me dit : « Il faut que j’appelle mes aînés ! » Oui, un peu difficile, mais on s’y fait et en plus, le beau temps arrive ; quoi demander de plus ? Bon courage à tous et profitez des bons moments.

— Johanne Couillard

Gens atteints, comment vous sentez-vous ?

Il est vrai que nous avons du temps maintenant. Mais je suis en attente d’un résultat au test de la COVID-19 depuis vendredi. On m’a dit qu’il faudrait peut-être une semaine avant de connaître les résultats. C’est long, le temps ne passe plus aussi vite. J’aimerais savoir comment se sentent ceux qui font partie des milliers qui ont reçu un résultat positif, mais qui sont des cas bénins. Comment se sentent-ils ? Comment font-ils pour passer leurs journées sans pouvoir marcher ni cuisiner, confinés dans leur chambre ? Combien de temps cela va-t-il durer ? Il y a peu de personnes guéries et on entend peu tous ces gens dans l’attente.

— Louise Lacasse

On est quelle date aujourd’hui ?

Étant massothérapeute, la détente et le plaisir du silence, la musique douce, la paix intérieure sont dans mon univers depuis déjà 15 ans. Je me retrouve confortablement assise au salon avec mon iPad à revoir des émissions jeunesse : La Ribouldingue, Fanfreluche, Sol et Gobelet. J’ai regardé en rafale des documentaires et des séries télévisées sur ICI Tou.tv.

Me perdre dans ces images m’a fait agréablement du bien et me fait réaliser encore plus comment se faire plaisir et faire des choses pour soi est primordial dans ce monde.

Je fais mes exercices à des heures différentes, je vais marcher quand ça me tente, je bois un verre à l’heure que je veux et en prends même un deuxième sachant que je ne conduis pas mon véhicule… J’aime ma vie, mais je l’aime davantage avec ces avantages.

Chéri, on est quelle date aujourd’hui ?

— Cécile Mercier

N’oubliez pas les enfants

J’imagine que notre famille ne représente pas la majorité : deux parents qui travaillent avec deux enfants à la maison. Notre réalité est loin de la pause dont tout le monde parle.

Pour nous, il y a la réalité de la COVID-19, bien sûr, mais notre plus grande crainte est l’absence de finalité. On peut s’arranger pour résister jusqu’au 1er mai, mais quel sera notre état ? Dire que nous brûlons la chandelle par les deux bouts est un euphémisme.

Ce qui nous vexe le plus, ce sont les messages des directions scolaires. Ils parlent du 1er mai comme une date pour le moins hypothétique, du bienfait de cet arrêt pour eux, sans mention des élèves et des besoins des enfants. La crainte absolue de prolonger l’année est le seul élément qui, pour les écoles, ne fait aucun doute : l’année ne sera pas prolongée. Pourquoi ? Certainement pas pour le bien et le cheminement des enfants. J’espère de tout cœur que nos gouvernements n’oublient pas nos jeunes dans leurs décisions.

— Laurence Jacob

Toujours une petite crainte

Je peux très bien comprendre la joie que ces gens ont à enfin avoir du temps pour eux dans un monde où on a plus de temps. Même moi, qui est à la maison avec mes trois enfants, je passe du temps de qualité avec eux. Sauf que ma conjointe est médecin spécialiste à Montréal et même avec tous les protocoles et les protections, nous, la famille confinée, avons toujours cette petite crainte pour eux, pour nous, et ça peut être lourd sur le moral des fois, quand même. Et avec tous les travailleurs essentiels qui travaillent au contact des gens, je ne dois pas être le seul à avoir ce sentiment de temps en temps.

— Thi Hai Van Vo

J’envie ceux qui restent à la maison

Comme professionnelle de la santé, je dois poursuivre mon horaire habituel de travail avec, en plus, l’anxiété causée par la crainte de devenir une source de contamination pour ma famille. Lorsque j’entends le discours des gens qui demeurent à la maison, qui ont la chance de retrouver un rythme de vie moins frénétique, de prendre le temps de redécouvrir des activités intéressantes, je ne peux faire autrement que de les envier. Je ressens même la pression de faire toute ces tâches que je n’ai pas le temps de faire habituellement (ménage du printemps, popote) en oubliant que je dois retourner au travail demain… Ça va bien aller !

— Lucie G. Langlois

Un calme réconfortant

Mon commentaire ne sera sans doute pas original, mais j’aime beaucoup cette absence de mouvement terrestre et aérien et le calme s’y rattachant. Je suis en confinement obligatoire depuis le 21 mars et nos voisins et amis se sont offerts pour les courses. Lorsque je pourrai circuler, je rendrai la pareille à d’autres. J’aimerais bien que, collectivement, on décide de réduire le nombre de déplacements d’avions, de bateaux et autres partout dans le monde pour donner une chance à la planète et un peu d’espoir aux générations futures.

— Carole Chevrier

Du temps pour réfléchir

Notre isolement antiviral traverse les chaumières une à une comme une retraite prescrite à l’humanité entière : « restez chez vous ! », entendons-nous. Que nous arrive-t-il ? Qu’avons-nous fait pour mériter ce confinement presque planétaire ? La vie ralentit brusquement, sans prévenir, et le temps de réfléchir s’impose. Plus rien ne bouge dehors, l’air se libère de son smog, l’eau s’éclaircit et le calme s’installe dans les villes, les campagnes et même dans le ciel.

Prenons ce précieux temps de retraite pour sentir et entendre l’arrivée du printemps, l’odeur de la terre mouillée, le cancardement des bernaches, les rires d’enfants dans la rue, le ruissellement de la pluie, la brise fraîche de la fenêtre désormais entrouverte… La contemplation de cette merveilleuse nature bourgeonnant tout doucement alors que nos vies sont sur pause devient une source de réconfort, de méditation et nous donne l’espoir que « ça va bien aller ».

— France Allard, Notre-Dame-de-l’Île-Perrot

Tous réunis

On habite Montréal, notre fille, Saint-Bruno, et hier soir on a fêté notre garçon qui habite à Gatineau en utilisant l’application Zoom. On était tous réunis par vidéo sur nos tablettes et cellulaires. On a vraiment eu du plaisir. Du plus loin que je me souvienne, jamais on n’avait pu fêter cette fête tous ensemble y compris avec nos petits-enfants. On s’est promis de répéter l’expérience même lorsque le confinement sera chose du passé.

— Daniel Paquette

Message pour les Terriens

Je suis de ceux qui vont jusqu’a souhaiter que cette pandémie dure de six à neuf mois afin de bien passer le message à tous que la vie, ce n’est pas que se réaliser au travail ; ça peut être de découvrir des gens, des talents, de prendre le temps de voir, d’écouter et de découvrir tout ce qu’il y’a de beau autour de nous. Venant d’un CPA qui, par nature, est catalogué capitaliste, ça vous donne une idée du bienfait jusqu’à présent de cette crise… ou de ce message qui nous est envoyé à nous les Terriens. Je nous souhaite de grandir tous ensemble et de ressortir beaucoup plus allumés à la vie, et de vouer un respect immense à tout et tous ceux qui gravitent autour de nous.

— Alain Boyer

Transformation intérieure

Ça fait maintenant 11 jours que je suis arrêtée complètement de travailler. Au début, je me suis sentie comme si on m’avait poussée à la retraite sans préparation. J’ai eu besoin de faire un deuil de cet arrêt, car j’adore mon travail, il me nourrit beaucoup.

Et ensuite, j’ai senti le bien énorme que ce repos me faisait. Même en période de vacances, jamais je ne me suis arrêtée à ce point. Je peux un peu mieux saisir ce que veut dire vivre dans le moment présent, sans obligations. Et c’est intéressant de voir comment le temps se remplit tout seul avec sérénité et espace.

En ce 11e jour, je prends conscience que je suis en train de me transformer intérieurement et qu’il émergera une nouvelle moi. Je n’ai aucune idée de ce à quoi ça ressemblera, mais pour une fois dans ma vie, l’espace que le temps crée me permet de laisser monter en moi une vision, une inspiration et un élan pour créer ma nouvelle réalité et pour avoir le temps de la mettre en place. Et ça, c’est le plus beau cadeau que cette épidémie m’a donné.

— Diane Pomerleau, Gatineau

Respirer mieux

J’adore votre éditorial. Bien des gens sont anxieux, mais quand on se dit qu’on n’a pas le contrôle de la situation, on respire mieux. Ce fameux virus a chamboulé la vie de tous ; est-ce un message qui nous est envoyé, message d’être moins centré sur soi-même, se rappeler qu’il y a toujours quelqu’un d’autre à nos côtés et qu’on se doit de se responsabiliser et d’aider les autres ? Ça va bien aller.

— Louise Laprade, Gatineau

Vieilles photos

J’ai 80 ans, une grande famille et pendant mon confinement, j’ai sorti ma boîte à photos et j’ai envoyé des photos d’il y a plus de 20 ans à des personnes que j’avais perdues de vue et à mes enfants pour les faire rire et les rapprocher un peu. Cela m’a fait autant plaisir qu’à eux et j’ai passé une journée agréable. Tentez l’expérience !

— Nicole Pontbriand

Penser à ceux qu’on aime

Je me suis retrouvée en confinement avec mes petites-filles de 6 et 7 ans alors que ma belle-fille travaille à l’hôpital. Elle ne compte pas ses heures pour aider les gens à passer à travers cette fâcheuse pandémie. Alors, même si je suis loin de chez moi, je me sens très privilégiée de leur donner ce coup de main ! Il faut se serrer les coudes, penser à ceux qu’on aime !

— Josée Pelletier

Une pause en famille

Parents de trois enfants de 23, 19 et 14 ans, on travaille tous les deux à plein temps et on court la plupart du temps. La plus vieille étudie maintenant à l’extérieur ; nous sommes donc bien heureux de l’avoir à la maison tout le temps. Celui de 19 ans n’est habituellement que de passage entre ses nombreuses activités : cégep, entraînement sportif, soirées entre amis, travail ; il est maintenant avec nous tout le temps. Le dernier, quant à lui, a habituellement un horaire ministériel entre l’école et le sport-études-hockey, horaire que nous partageons bien évidemment avec lui en plus du nôtre.

Ce chômage forcé avec nos enfants à la maison et le conjoint en télétravail n’a que du positif : on cuisine, on s’entraîne et on joue beaucoup ensemble, on prend le temps de voir la vie passer, ce qui n’est généralement pas du tout le cas. On s’ennuie de nos amis, mais on se fait des rencontres virtuelles… Faut dire que nous ne manquons de rien, surtout pas d’argent. Je comprends la détresse de certaines familles. Pour nous, c’est une pause bien appréciée en famille.

— Élie Dion