Plus que jamais, en pleine crise sanitaire, La Presse fait partie de votre quotidien. C’est pourquoi l’éditorialiste en chef, François Cardinal, vous propose un nouveau rendez-vous hebdomadaire, chaque dimanche, pour vous donner la parole, pour savoir comment vous traversez cette situation exceptionnelle.

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Et s’il y avait du bon dans cette pause forcée ?

C’est ce que pensent un grand nombre de lecteurs qui reconnaissent bien sûr la détresse que peut causer le confinement, mais qui réussissent à prendre la chose avec philosophie. Avec le sourire, même !

Des centaines de lecteurs nous ont en effet exprimé leur joie d’être forcés à l’arrêt.

Une joie à laquelle Jo Anne Gauvreau donne un nom : The Joy of Missing Out, ou JOMO. L’antithèse, en fait, du fameux FOMO, cette peur de manquer quelque chose sur les réseaux sociaux qui nous rend complètement accros.

« Je reste chez moi et j’ai du temps. Du temps pour prendre le temps », se réjouit Christiane Prince.

« Grâce à mon isolement, je me suis rencontrée, ajoute Mireille Dandurand. Et j’aime ce que je vois. »

Ce sentiment, il est partagé par bien des lecteurs qui estiment avoir une vie de fou en temps normal. Comme des hamsters projetés loin de leur roue, forcés de se poser, de prendre le temps.

C’est une sorte de « moratoire sur nos façons de faire », note Monique Régnier. Une pause qui nous permettra de « tout recommencer sur de nouvelles bases ». Un moment d’arrêt comme en rêvaient certains penseurs, mais de manière théorique. Or, cette pause collective, elle nous est aujourd’hui imposée.

« J’adore ces moments de tranquillité, renchérit Roger Poulin, de Gatineau. J’ai retrouvé mon moi. Je pense, je réfléchis. Ça me rappelle des paroles entendues il y a longtemps sur la solitude : ce n’est qu’une tempête de calme qui permet de nettoyer les branches mortes. »

Tout le monde n’est tout de même pas aussi zen, remarquez ! Suzanne Murray, de Montréal, fait mention de la « culpabilité » ressentie à cause de la « crainte de ne pas être aussi efficace qu’à l’habitude ». Mais aussi de la culpabilité d’avoir la chance « de vivre cette situation hors norme en toute sécurité » chez elle avec ses proches.

D’ailleurs, s’il y a un sentiment qui traverse la plupart des réponses à nos appels à tous que nous ont envoyées pas moins d’un millier de lecteurs depuis le début de la crise, c’est l’empathie.

Chacun y va de sa pensée pour les plus vulnérables, de ses souhaits pour les plus vieux, de son intention d’aider ceux qui en ont besoin. Certains ont même recours au mot-clic #cavabienaller, de plus en plus viral depuis que François Legault l’a utilisé sur Twitter.

Dans le lot de messages reçus des lecteurs, il y a de tout. Des vocations retrouvées, comme celle de Gaston Poirier, 85 ans, qui a ressorti ses cahiers de musique, négligés depuis 35 ans. « Je me suis remis au piano, jamais je n’aurais cru revivre des bons moments comme ça », précise-t-il.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

« Et s’il y avait du bon dans cette pause forcée ? », demande d’entrée de jeu François Cardinal.

Et il y a des histoires humaines, émotives, touchantes. Comme celle de Karine Verreault, une femme dans la quarantaine atteinte d’un cancer, en attente d’une opération pour déloger la tumeur. Plutôt que de paniquer, elle accueille la situation en faisant contre mauvaise fortune bon cœur.

« Je prends des marches en forêt, je me suis inscrite à des cours de yoga virtuels, je fais les tartelettes pastéis d’Horacio, je fais des mandalas, j’écoute de la musique et je fais le bœuf bourguignon de Julia Child. Je participe à des 5 à 7 virtuels avec des amis. Je me replonge dans la trilogie The Lord of the Rings. Et je regarde l’heure en me rendant compte que la journée est terminée. »