La Presse présentait récemment les résultats de recherche d'une nouvelle enquête d'opinion publique et en concluait notamment que « les Québécois ne se définissent majoritairement ni comme souverainistes ni comme fédéralistes ». Une analyse fine de ces données révèle toutefois un potentiel majeur d'appuis à la souveraineté chez les jeunes francophones.

FÉLIX MATHIEU ET EVELYNE BRIE RESPECTIVEMENT DOCTORANTS EN SCIENCE POLITIQUE à L'UQAM ET à L'UNIVERSITé DE PENNSYLVANIE, ET ASSOCIéS AU CENTRE D'ANALYSE POLITIQUE - CONSTITUTION ET FéDéRALISME (CAP-CF). 

Chose certaine, le statu quo constitutionnel n'a pas su convaincre les jeunes d'embrasser pleinement le fédéralisme canadien. La faillite du système à se renouveler n'engage donc pas à la pérennisation de ses fondements actuels. Faute de mûrir, le « fruit constitutionnel » en viendra-t-il à pourrir ? 

Les jeunes ne veulent plus de la souveraineté, vraiment ? 

Il est vrai que les jeunes francophones Québécois (18-24 ans) sont largement indécis : près de 65 % affirment ne se sentir « ni fédéraliste ni souverainiste » ou « quelque part entre les deux ». 

C'est effectivement ce qui ressort des plus récentes données disponibles en la matière - La confédération de demain : un sondage des Canadiens* -, produites par un consortium de six instituts de recherche scientifique, dont le CAP-CF. 

On accepte généralement la thèse selon laquelle les jeunes générations de Québécois négligent la question nationale et se lassent de l'enjeu de la souveraineté, car « ils n'ont pas baigné dans les débats constitutionnels pendant leur vie » (S. Dallaire). 

Dans ce contexte, on pourrait s'attendre à ce que les 18-24 ans soient plus nombreux à se dire fédéralistes que les générations qui les ont précédés.

Or, les jeunes francophones s'identifient davantage comme souverainistes (19 %) que comme fédéralistes (15 %).

De même, s'ils sont exactement aussi nombreux que les francophones plus âgés à considérer que la souveraineté du Québec soit un idéal du passé (58 %) - ils venaient pour l'essentiel de naître au moment du référendum de 1995 -, ils sont moins nombreux que toute autre génération à se dire « fortement en accord » avec cette même affirmation (21 %).

Une majorité (51 %) de ceux-ci croit également que les provinces devraient avoir davantage de pouvoir décisionnel qu'elles n'en ont actuellement, et que les Canadiens ne partagent pas les mêmes valeurs d'un océan à l'autre (53 %). 

Contexte de politisation 

Ainsi, la grande proportion d'indécis sur la question nationale ne montre pas forcément la fin de l'option indépendantiste. En effet, bien que les 18-24 ans francophones aient été politisés en période post-référendaire, ils demeurent moins nombreux que toute autre génération à se dire fédéralistes. En ce sens, ils représentent potentiellement un réservoir majeur d'appuis à la souveraineté, et il est raisonnable de supposer que le retour d'un débat actif sur cet enjeu ne ferait qu'augmenter le nombre de jeunes électeurs en faveur du projet jadis porté par René Lévesque. 

Certes, il est également possible que l'émergence d'un véritable discours fédéraliste renouvelé puisse inversement mousser les appuis des jeunes francophones en sa faveur. 

Cependant, la stabilité, voire une hausse timide, des appuis à l'endroit de la souveraineté au fil des ans montre que les fédéralistes peinent à faire la promotion du projet canadien, et ce, malgré l'hibernation du mouvement souverainiste. 

Évidemment, toute projection implique une bonne dose d'incertitudes et sa réalisation demeure à la merci de la contingence de la vie politique et de la manière dont les forces partisanes mèneront la joute. Bref, selon la formule consacrée, « on verra »... 

« Mais le navire est en train de couler... »

Mais, alors, comment expliquer le faible appui électoral (des jeunes, notamment) au Parti québécois ? 

Plusieurs hypothèses semblent pertinentes. Celle qui nous convainc le plus est la suivante : le PQ a cessé de remettre en cause l'environnement politique dans lequel il évolue (la fédération canadienne) et a même cherché à s'y adapter. Ce faisant, il a délaissé la saillance de la question de la souveraineté et a donc lui-même contribué à ce que les jeunes « ne baignent plus dans les débats constitutionnels ».

Comme parti de gouvernance plutôt que mouvement politique, le PQ a cessé de faire rêver les jeunes. 

Le parti qui voudra courtiser l'appui des 18-24 ans francophones devra également tenir compte du fait que ceux-ci souhaitent davantage d'État providence (50 %) et sont particulièrement tolérants à l'endroit de l'expression du fait religieux (72 %). Ceci explique sans doute qu'ils sont actuellement plus nombreux à soutenir Québec solidaire (25 %) que tout autre parti. 

* Mandatés pour produire une analyse scientifique des résultats de ce sondage, les auteurs ont accès aux données brutes de l'enquête.