L'épidémie silencieuse

Moins de 5 % des Canadiens atteints d'hépatite... (Illustration Thinkstock)

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Moins de 5 % des Canadiens atteints d'hépatite C ont accédé à un traitement à ce jour. 

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Marie-Eve Morin

Spécialiste en toxicomanie et cofondatrice de la clinique OPUS

Ce 28 juillet, 25 ans après la découverte du virus de l'hépatite C, nous soulignons la Journée mondiale contre l'hépatite. Pourquoi ?

D'abord, parce que plus de 50 000 Québécois en sont atteints. Au Canada, cela représente 300 000 à 350 000 personnes, dont plus du quart ignorent leur diagnostic.

Ensuite, parce qu'il existe de nouveaux traitements hautement efficaces pour traiter et éradiquer l'hépatite C avec des taux de guérison de plus de 90 %, allant même jusqu'à près de 100 % dans certains cas. Pourtant, au Canada, moins de 5 % des gens atteints d'hépatite C ont accédé à un traitement à ce jour. Aberration, penserez-vous ? S'il en est une, c'est bien la façon dont est perçue cette maladie silencieuse, pernicieuse, parfois même honteuse.

L'hépatite C se transmet par le sang. Tout geste pouvant mettre en contact le sang de deux individus peut constituer un risque de transmission : tatouage et perçage artisanal, partage de matériel de consommation de drogues et d'hygiène personnelle, transfusion avant 1992, et parfois même certaines pratiques sexuelles à risque.

Or, 60 % des personnes atteintes d'hépatite C sont des gens faisant ou ayant fait l'usage de drogues intraveineuses. Certaines d'entre elles, voire la majorité, sont des individus ayant eu un passé truffé d'expériences, dont celle d'avoir utilisé, peut-être une seule fois, de l'héroïne ou de la cocaïne en injection, il y a de cela parfois 20 ou 30 ans. Aujourd'hui, ils sont avocats, enseignants, baby-boomers et parents qui espèrent se défaire du virus.

Il y a aussi ceux qui consomment encore, par dépendance ou par choix d'un mode de vie différent. Eux aussi rêvent fréquemment de guérir de l'hépatite C, qu'ils considèrent souvent comme le boulet de leur toxicomanie. Le traitement constitue même parfois un levier pour cesser la consommation de drogues. Alors pourquoi l'accès au traitement est-il limité à moins de 5 % des personnes touchées ?

En 2012, Ipsos sondait près de 1 000 Canadiens et 300 médecins de famille pour la Fondation canadienne du foie : 57 % des médecins ignoraient que l'hépatite C peut être guérie ; les Canadiens sont plus nombreux à avoir fait un test de dépistage du VIH (32 %) que de l'hépatite C (23 %). Pourtant, au Canada, on compte cinq à six cas d'hépatite C pour chaque cas de VIH.

Il faut donc en parler pour encourager les Canadiens à se faire dépister. Aux États-Unis, le Centre for Disease Control (CDC) a proposé que tous les baby-boomers passent un test au moins une fois dans leur vie. Au Canada, la recommandation tarde à venir, même si cette maladie y entraîne la perte d'un plus grand nombre d'années de vie et une plus grande morbidité que toute autre maladie infectieuse.

Il est également souhaité qu'avec l'arrivée de multiples nouvelles combinaisons de traitements entièrement oraux au cours des deux prochaines années, le dépistage, la prise en charge et l'accès au traitement s'améliorent. Pour ce faire, nous devrons investir dans les infrastructures en santé, entre autres en augmentant le nombre de professionnels de la santé ayant reçu une formation adéquate pour traiter l'hépatite C.

À titre de médecin, je peux affirmer que la satisfaction d'annoncer à un patient qu'il est guéri de l'hépatite C est immense, mais je devine que le bonheur d'être guéri doit procurer une fierté inestimable.




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