Depuis la réforme Robillard en 1994, les collèges d'enseignement général et professionnel (cégep) ont changé de nature: ils sont devenus des usines à diplômes spécialisés dans lesquelles les étudiants sont enfermés et ne peuvent presque plus changer d'orientation en cours de route.

Publié le 28 déc. 2013
Guy Ferland

Rappelons qu'à l'époque du rapport Parent, on avait créé cet ordre intermédiaire d'éducation supérieure, entre le secondaire et l'université, pour permettre entre autres la cohabitation entre les étudiants qui désiraient aller à l'université et ceux qui voulaient acquérir un diplôme technique.

Outre la formation spécialisée en programmes préuniversitaires et techniques, on avait mis l'accent sur une solide formation fondamentale commune comprenant quatre cours de français, quatre cours de philosophie, quatre cours d'éducation physique et quatre cours complémentaires.

Un des mandats importants qui incombait également à l'enseignement collégial était de permettre aux étudiants de s'ouvrir à d'autres horizons à l'aide des cours complémentaires. En un mot, il y avait une vision humaniste dans la formation collégiale qui permettait aux étudiants d'ouvrir ses horizons et de s'orienter avant de choisir un métier ou une profession.

Or, depuis la réforme Robillard et l'approche-programme, on complexifie les programmes au point de les rendre cloisonnés et surspécialisés. Le profil de sortie des étudiants devient de plus en plus pointu à mesure qu'on redéfinit les programmes localement.

Au lieu d'ouvrir à d'innombrables possibilités, les programmes deviennent des lieux d'identification et d'enfermement qui ne permettent plus d'ouvrir des horizons ou d'offrir différentes orientations. Ils condamnent les étudiants à une spécialisation, même lorsqu'ils sont inscrits au secteur préuniversitaire.

L'approche par compétences techniques

L'approche par compétences a également contribué à dénaturer les cégeps par la technicisation des apprentissages. Dorénavant, on évalue les productions des étudiants en fonction de standards techniques. Les connaissances disciplinaires ne sont plus que des prétextes à la production de textes. On n'enseigne plus la philosophie ou la littérature pour l'ouverture d'esprit que ces disciplines procurent, mais seulement afin d'apprendre aux étudiants à rédiger des textes qui s'inspirent d'oeuvres littéraires ou philosophiques. Bref, la formation fondamentale est devenue au fil des ans une formation générale et elle devient maintenant une formation instrumentale à compétences techniques. Bientôt, on pourra remplacer la philosophie ou la littérature par d'autres disciplines dans cette formation de plus en plus spécialisée au service des programmes et qui sert également à combler des trous dans la formation des étudiants.

Les jeunes manquent-ils de connaissances historiques? Ajoutons un cours d'histoire dans la formation générale. Les étudiants maîtrisent-ils mal le français lorsqu'ils entrent au cégep? Ajoutons un cinquième cours de français. Éventuellement, ce sera un cours de traitement de texte et de présentation de diaporama.

C'est ainsi que la formation fondamentale s'est vue amputée, au cours des ans, d'un cours de philosophie, de deux cours complémentaires (bientôt trois) et de deux cours d'éducation physique au profit d'ajout d'heures d'enseignement du français et de l'anglais.

La conception instrumentaliste de la formation générale paraît maintenant évidente par les modifications que le ministère y a apportées et par celles qu'il s'apprête à faire. Les cégeps sont devenus des usines à fabrication de diplômes spécialisés. La vision humaniste du rapport Parent a définitivement disparu au profit d'une vision utilitariste.