Prenez Pierre, Jean, Jacques et Nathalie. Mettons que je suis Pierre.

Publié le 20 déc. 2013
Jean-Marc Pisapia

Jean s'invite à souper chez nous. Pas de problème; on adore avoir de la compagnie.

Seulement, voilà, Jean amène son lunch...

Pire, il décide d'aller le manger dans la pièce à côté et ferme la porte parce qu'il ne veut pas qu'on voit sa blonde (d'un coup que je la reluquerais) et, cerise sur le sundae, il se plaint que les enfants font du bruit et demande qu'on les envoie se coucher une heure avant le temps.

Le lendemain, c'est son cousin Jacques qui s'invite à son tour. Je lui avoue ne pas avoir beaucoup apprécié la tournure des évènements de la veille et le préviens que s'il entend en rajouter, autant s'inviter chez Jean à la place. Ce à quoi il me rétorque promptement qu'on le sait bien, je n'ai jamais aimé avoir de la visite de toute façon! Ce qui est faux.

Et Nathalie là-dedans?

Ben, Nathalie, qui est une bonne nature dans l'âme, me dit qu'après tout, dans une société de droits et libertés individuels(les) comme la nôtre, les gens peuvent bien faire comme il leur plait tant que ça ne contrevient pas aux règles déjà existantes.

Et je suis parfaitement d'accord, moi qui me proclame grand défenseur de ces valeurs fondamentales que sont les nôtres à qui veut bien l'entendre.

Seulement voilà; quel message est-ce que j'envoie aux enfants si, soir après soir, je n'exerce jamais MON droit de les mettre à l'abri de ce que JE perçois comme un manque de savoir-vivre des plus élémentaires de la part des Jean et Jacques de ce monde?

Avec le temps, ça équivaudrait à leur dire que ces valeurs hautement douteuses sont tolérables (sinon acceptables) et qu'ILS devront désormais s'en accommoder, eux.

Comme beaucoup de gens, je suis très loin d'être impressionné par le gouvernement de Mme Marois. Mais rendons à César ce qui lui revient: le ministre Drainville a raison de faire la promotion de sa Charte des valeurs avant que le Québec ne ressemble à la plupart des pays d'Europe de l'Ouest dont la classe politique est intoxiquée par la bien-pensance généralement associée à la propagation du multiculturalisme sauvage.

Je reproche cependant au PQ d'avoir dilué la sauce en passant de charte des «valeurs» à charte de la «laïcité». Car si'l est vrai que les religions sont trop souvent porteuses de valeurs douteuses, elles n'en ont pas le monopole. Le communisme à la soviétique est porteur de valeurs que j'abhorre plus que McCarthy lui même. Pourtant, il s'agit là d'une idéologie bien laïque, voire même athée, dont mon petit univers a autant besoin qu'un coup de poing dans le nez, tout athée que je sois!

Un projet de charte qui divise direz-vous? J'espère bien! Qui veut vivre dans une société où tout le monde danse sur la même toune sans qu'il n'y ait jamais de débat? C'est à ça que ça sert, une démocratie, d'opposer du monde qui ne pensent pas pareil.