L'étude dont la chronique de Stéphanie Grammond traitait mardi («Le mur des dépenses en santé») est une autre alerte indiquant que le mur des finances publiques du Québec approche à grands pas. Sans l'augmentation de 1,5 milliard des transferts fédéraux, notre déficit serait réellement de 4 milliards.

Publié le 12 déc. 2013
Gilles Tremblay

J'ai quitté le ministère des Finances en 1983, où en tant que sous-ministre adjoint des finances-financement, j'avais été responsable d'un programme d'emprunts de 6 à 8 milliards par année (incluant Hydro-Québec, les autres sociétés d'État et le réseau de l'éducation). Quelques années plus tard, j'avais été invité à quelques tribunes pour prononcer un discours sur les finances publiques, alertant les auditeurs de la croissance trop rapide de la dette. Je me souviens que M. Claude Castonguay avait repris le thème, vers la fin des années 80.

Un collègue du ministère des Finances à l'époque, lui-même haut fonctionnaire dans la seconde moitié des années 70, m'avait dit à peu près ceci: «Gilles, nous réalisions, durant ces années [où la dette du gouvernement était minime], le pouvoir d'emprunt incroyable à notre disposition. On se grattait la tête pour inventer des programmes (...) de dépenses pour pouvoir profiter de cette manne.» Les années qui ont suivi, les politiciens se sont servis de ce pouvoir d'emprunt pour gagner leurs élections.

Ces dernières années, grâce aux bas taux d'intérêt, en raison des politiques d'expansion des banques centrales, nous avons eu un répit dans le fardeau du service de la dette, tout en évitant la récession qui a frappé tous les autres pays développés. Nos gouvernements, au lieu de réexaminer leurs programmes pour pouvoir réduire leur déficit et commencer à rembourser la dette, ont décidé, pour préserver leur popularité, de ne pas hausser les droits de scolarité (déjà les plus bas au pays) ou encore de ne pas augmenter les frais de garderie (programme unique et super généreux).

Cette époque achève. Un des premiers événements à venir est la décote de la dette du Québec et d'Hydro-Québec, quand les agences de notations réaliseront l'effet, par exemple, des coûts de la santé sur les finances publiques, ou encore des surplus d'Hydro, qui a comme mandat d'encourager la construction de «moulins à vent» pour produire de l'électricité coûteuse dans un contexte de surplus causés par tous ces développements du gaz et du pétrole de schiste chez nos voisins du sud.

Nous sommes la province la plus endettée par personne, celle dont le revenu par famille est le plus bas, celle qui taxe le plus et celle qui a les programmes sociaux les plus généreux.

Je comprends que c'est le mode de vie que nous avons choisi, où le gouvernement joue le plus grand rôle dans l'économie en Amérique du Nord et qu'apparemment nous sommes aussi les plus heureux, comme peuple, en Amérique du Nord. Toutefois, souvenons-nous que ce fut le cas de la cigale; l'hiver peut venir!

Nous n'avons pas pensé aux conséquences sur les prochaines générations. Ils ne seront pas très fiers de nous, les «baby-boomers» et les autres. Nos enfants et petits-enfants vont commencer très bientôt à payer. Malheureusement, ce sont surtout eux qui passeront à la caisse!

Allons, politiciens actuels, réveillez-vous et arrêtez de promettre «du pain et des jeux», soyez réalistes et intègres, pensez plus loin que la prochaine élection, sinon l'histoire va vous juger très sévèrement. Dépêchez-vous, il est minuit moins dix et votre carrosse va se changer en tacot...