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La loi du camembert

Un Québécois qui veut manger du fromage fabriqué... (Photo André Pichette, archives La Presse)

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Un Québécois qui veut manger du fromage fabriqué ici avec du lait d'ici, paiera trois fois et demi plus cher qu'un Français qui achète un fromage de chez lui. Il y a là une injure au bon sens.

Photo André Pichette, archives La Presse

Alain Dubuc
La Presse

En France, la chaîne de supermarchés Carrefour offrait, cette semaine, sur son site d'achat en ligne, un camembert de Normandie, le Rustique, pour 7,16 euros le kilo, soit 9,60$ au taux de change actuel.

Au Québec, la chaîne IGA proposait, sur son site en ligne, le même camembert normand pour 32,00$. Des camemberts québécois, comme le Vaudreuil ou le Madame Clément, étaient même un peu plus cher, 34,90$ et 35,00$.

Faut-il insister lourdement? Les écarts sont phénoménaux. Je sais, je sais. Ce n'est pas bien de prendre des chiffres hors contexte, d'aborder les complexes questions agricoles de façon si simpliste. Plusieurs facteurs contribuent aux écarts de prix des fromages: le climat, la taille du marché, les producteurs, les différences dans les politiques agricoles.

Mais est-ce vraiment hors contexte? Il y a un fait incontestable. Un Québécois qui veut manger du fromage fabriqué ici avec du lait d'ici, paiera trois fois et demi plus cher qu'un Français qui achète un fromage de chez lui. Peu importe les explications savantes, il y a là une injure au bon sens, qui mène à de jolies contradictions.

D'abord pour la politique agricole du gouvernement Marois, qui vise d'abord à convaincre les Québécois de consommer des produits locaux. Évidemment, la question ne se pose pas directement dans le cas précis des produits laitiers, car on est forcés d'acheter des produits laitiers canadiens, parce que ce secteur et régi par un système de gestion de l'offre. La quantité produite est limitée par des quotas de production, ce qui permet de maintenir les prix élevés - les deuxièmes au monde.

Pour que ça fonctionne, il faut absolument empêcher les produits étrangers moins chers d'entrer, en imposant des quotas - que l'Europe voudrait augmenter dans les négociations de libre-échange avec le Canada - et en imposant des tarifs exorbitants, de 256%!

Mais le fait que les Québécois soient forcés de consommer local dans le cas des produits laitiers, à prix fort, complexifie la tâche d'un gouvernement qui veut faire appel à leur solidarité.

L'autre contradiction affecte les politiques de santé. On multiplie les efforts pour convaincre les gens de mieux s'alimenter. Notamment avec des produits laitiers. Pensons au régime méditerranéen qui réserve une place importante au fromage. Difficile de bien manger quand des produits essentiels sont coûteux.

C'est en outre une politique régressive. La gestion de l'offre, qui soutient les revenus agricoles avec des prix élevés, équivaut à une taxe à la consommation, sur un aliment, face à laquelle les pauvres seront plus vulnérables.

Un vin français, comme le Côtes-du-Rhône rosé Guigal que j'ai pris ce week-end, se vend environ deux fois plus cher à la SAQ qu'en France, 19,60$ contre 9,00$, un écart surtout dû aux taxes. C'est donc comme si on taxait plus les produits laitiers que le vin!

Mais c'est pour aider nos fermes, dit-on. J'appuie totalement l'idée de soutenir notre agriculture. Mais il est très loin d'être évident que la gestion de l'offre le fait bien. Une étude récente de l'OCDE, qui compare divers pays, conclut que si le Canada se compare aux autres pays pour le boeuf et les céréales, «la performance des fermes laitières est particulièrement basse». Comme par hasard, c'est ce secteur qui est soumis à la gestion de l'offre, ce qui semble indiquer que cette forme de protection à des effets pervers.

Et ce système, qui aide mal les agriculteurs, qui pénalise les consommateurs, qui nuit à l'économie, risque peut-être de faire dérailler l'entente avec l'Europe, parce que les gouvernements, de peur de représailles politiques, continuent à le défendre.




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