À l'âge de 16 ans, je travaillais dans un Dunkin Donuts la nuit. J'étais seule comme employée de minuit à six heures le matin.

Karine Poirier<br><i>L'auteure réside à Laval.</i> LA PRESSE

Une nuit, à 2h, alors que j'étais en train de préparer des beignes dans la cuisine arrière, j'ai entendu la sonnette de la porte m'avertissant qu'un client venait de rentrer. Je me présente à l'avant pour aller servir mon client. À cet instant, j'aperçois trois hommes vêtus de cagoules. Un avec une arme à feu, un autre avec un couteau. Je vois ces hommes venir vers moi à une lenteur qui m'a paru être une éternité. Ma vision était floue à ce moment, je n'arrivais qu'à distinguer des ombres. Ils sautent par-dessus le comptoir-caisse et me menacent de leurs armes. J'ai ressenti un tel sentiment d'impuissance, j'étais incapable de prononcer un mot. Seul un petit cri de détresse a réussi à sortir de ma bouche.

N'ayant pratiquement aucun argent dans la caisse, les voleurs ont commencé à s'impatienter, me criant de leur dire où était l'argent. Je n'en savais rien, et sous le choc, j'étais toujours incapable de prononcer un mot. Ils sont rentrés frustrés dans la cuisine arrière, en menaçant de me faire du mal.

Une porte d'un petit local était barrée à clé. À coups de hache et de coups de pied, ils ont commencé à défoncer la porte. À ce moment, une cliente est rentrée dans le restaurant. Les hommes à cagoules m'ont obligé à aller servir la dame en me surveillant, cachés dans la cuisine, avec leur arme à feu pointée sur ma tête.

Je tremblais en préparant de la nourriture en me demandant si je sortirais vivante de cette nuit-là. La dame décidant de manger sur place, j'ai dû improviser, à la demande des voleurs, et prétexter qu'il y aurait beaucoup de bruit parce que la cuisine était en rénovation. Après un bon moment, la dame est partie du restaurant.

Les voleurs ayant finalement réussi à ouvrir la porte verrouillée, ils y ont découvert un coffre-fort avec des enveloppes d'argent contenant quelques milliers de dollars. Satisfaits, ils ont quitté les lieux par l'arrière du restaurant.

Cela m'a pris quelques minutes pour me ressaisir et appeler les policiers. J'ai dû me rendre au quartier de la police pour tenter d'identifier des suspects, mais sans succès.

J'ai fait des cauchemars pendant des années sur cette nuit de terreur. Incapable de me promener dans les rues, d'aller au restaurant, revivant constamment cet évènement.

Vivant dans ma bulle, car les autres jeunes de mon âge à cette époque ne pouvaient me comprendre. Incapable d'écouter des films lorsqu'il y a des personnes portant des cagoules.

J'ai maintenant 29 ans. Je me souviens de toujours de cet évènement comme si cela s'était passé hier. Je me souviens des moindres détails, des odeurs, de la musique qui jouait à ce moment-là. Je me souviens de tout. Mes agresseurs ne savent pas à quel point ils ont détruit en partie la vie d'une jeune femme en quelques minutes cette nuit-là.

Les gens qui ont une mauvaise opinion des policiers pour l'arrestation musclée à Trois-Rivières devraient peut-être s'attarder à ce que je viens d'écrire, et réaliser que l'agresseur n'est absolument pas une victime et qu'il se remettra de ses quelques bleus, contrairement aux réelles victimes qui resteront marquées à vie.

Je ne suis pas pour la violence, mais je crois qu'il faut essayer de comprendre une situation avant de jeter le blâme sur les mauvaises personnes.