Le 6 décembre 1989, Marc Lépine abattait froidement 14 femmes et blessait plusieurs autres personnes à l'École Polytechnique. Marc Lépine était misogyne et vraisemblablement psychopathe. En réponse à cette tragédie, le Canada a créé le registre des armes d'épaule. Ce registre est devenu un symbole et un monument à la mémoire des victimes du massacre de Polytechnique. Au printemps 2012, le gouvernement fédéral a aboli ce registre. Québec se bat pour en conserver la portion québécoise.

Guy Lavergne<br><i>L'auteur est avocat.</i> LA PRESSE

Un an plus tard, y a-t-il eu un accroissement de la violence par arme d'épaule ailleurs au Canada, là où le registre n'est plus en vigueur? Non. Aucune tragédie notoire n'est attribuable à l'absence de registre.

Pire encore, depuis l'entrée en vigueur du registre en 2003, les homicides par arme longue étaient demeurés au même niveau qu'auparavant. L'existence d'un registre n'a donc eu aucune incidence sur la criminalité par arme d'épaule.

Contrairement à la croyance populaire et à la propagande des groupes anti-armes, les mesures de contrôle au niveau de l'émission et du renouvellement des permis de possession et acquisition d'armes à feu demeurent pleinement en vigueur, partout au Canada. Les armes de poing et autres armes à autorisation restreinte et prohibées demeurent assujetties à l'enregistrement.

Malgré cela, le Québec veut créer son propre registre et tous les élus de l'Assemblée nationale sont en faveur de cette mesure. Aucun d'eux ne soulève la moindre objection. Est-ce cela, la démocratie?

Le Québec veut continuer de traiter ses chasseurs et tireurs sportifs comme des criminels en puissance. Il alourdit même les exigences de l'ancien registre et en crée de nouvelles quant au marquage des armes et au suivi du lieu de leur entreposage. Pourquoi? Parce qu'un registre est une mesure facile et populaire auprès de ceux qui ne sont pas propriétaires d'armes à feu, et aussi parce qu'il faut «honorer la mémoire des victimes de Polytechnique». Pour les propriétaires d'armes à feu, c'est une épée de Damoclès omniprésente, qui les met à une erreur bureaucratique près de devenir des criminels.

Le drame de Polytechnique - tout comme ceux de Concordia, Dawson et du Métropolis -, s'est produit parce que son auteur avait des problèmes de santé mentale et une personnalité asociale. C'est là que l'on devrait intervenir.

Si la solution à la violence est un registre, alors Guy Turcotte a tué ses enfants parce que les couteaux qui se trouvaient dans sa cuisine n'étaient ni enregistrés, ni burinés.

Les victimes de Polytechnique méritent mieux qu'un registre inefficace et coûteux. Tout comme les honnêtes chasseurs et tireurs sportifs méritent mieux que d'être traités comme des criminels en puissance.