Il y a trois ans, j'ai eu l'occasion de coprésider un comité mis sur pied par Raymond Bachand, alors ministre des Finances du Québec, auquel siégeait Pierre Fortin ainsi que Luc Godbout (Université de Sherbrooke) et Claude Montmarquette (Université de Montréal). Ce comité a publié trois rapports, dont l'un proposait une hausse des droits de scolarité de 650 millions de dollars afin de rattraper en cinq ans la moyenne canadienne.

Robert Gagné<br><i>Professeur titulaire à l'Institut d'économie appliquée à HEC Montréal, l'auteur réagit à l'opinion de Pierre Fortin intitulée « Un trou de plus de 300 millions », publiée le 13 février.</i> LA PRESSE

Depuis, mon collègue Fortin semble avoir changé d'avis. Il préconise maintenant une indexation des droits de scolarité qui se traduirait dans les faits par des hausses minimes de quelques dizaines de dollars par année.

Pire encore, il conteste maintenant la hauteur du sous-financement des universités, tel qu'évalué récemment par la Conférence des recteurs (CREPUQ). La plus récente évaluation de la CREPUQ chiffre à 850 millions de dollars l'écart de financement des universités québécoises relativement aux autres universités canadiennes. Pierre Fortin dégonfle cet écart à 300 millions de dollars parce que, prétend-il, le coût de la vie est plus faible au Québec qu'ailleurs au Canada, si bien qu'il en coûte moins cher aux universités du Québec d'offrir les mêmes services que celles du reste du Canada. Le gros des dépenses des universités est constitué de salaires.

Il est cependant difficile d'ignorer une importante faiblesse dans son raisonnement. Si on suppose que le coût de la vie est plus faible au Québec, il faut également prendre en considération le fait que les impôts sont ici nettement plus élevés. Par conséquent, un coût de la vie plus faible au Québec ne suffit pas à compenser la faiblesse relative des salaires versés par les universités au Québec.

Pierre Fortin rejette du revers de la main cet argument en soutenant que les impôts plus lourds au Québec sont «compensés» par des services publics plus importants. Il donne comme exemple les garderies à 7$ dont pourrait profiter un professeur qui a de jeunes enfants, à supposer qu'il trouve une place dans une garderie. Or, la faiblesse relative du coût de la vie au Québec s'explique en partie par des services publics moins chers pour les garderies et également pour les universités, les centres de soins pour les personnes âgées, etc.

Au Québec, on utilise moins qu'ailleurs au Canada la tarification et davantage les subventions pour financer les services publics. Cela réduit le coût de la vie. Autrement dit, l'accès à des services publics moins chers au Québec est déjà pris en compte par les indices de coût de la vie utilisés par Pierre Fortin.

Les universités du Québec doivent verser des salaires plus faibles parce qu'elles sont plus pauvres. Comme ces salaires plus faibles seraient compensés, selon Pierre Fortin, par un coût de la vie plus faible, INCLUANT les coûts plus faibles des services publics, je me demande bien ce qui compense l'effet des impôts plus lourds.

Si l'argument du coût de la vie plus faible s'appliquait aux universités dans leur ensemble, il devrait aussi s'appliquer à chacune d'elle. Le coût de la vie étant plus faible à Sherbrooke ou à Trois-Rivières qu'à Montréal, il faudrait sans doute ajuster le financement des universités en conséquence.

Le même principe pourrait aussi s'appliquer aux dépenses du gouvernement du Québec. Dans ce cas, le gouvernement fédéral pourrait ajuster à la baisse les milliards qu'il verse chaque année au gouvernement du Québec en paiements de péréquation et en transferts pour la santé et l'éducation post-secondaire de manière à tenir compte du coût de la vie plus faible au Québec.