Au début de l'histoire du Canadien de Montréal, notre peuple s'identifiait comme Canadiens, mais aussi comme Habitants. Ne cherchez pas plus loin, vous savez maintenant d'où vient le fameux: «Go Habs Go!». Aujourd'hui, il y a deux Québécois dans l'équipe. On n'est pas loin de zéro.

Michel Brûlé<br><i>L'auteur est éditeur.</i> LA PRESSE

En 2009, j'ai fait circuler une pétition pour qu'il y ait plus de musique francophone lors des matchs du Canadien au Centre Bell et j'avais recueilli 1000 signatures en quelques heures seulement. Cette année-là, j'avais assisté à un match contre les Bruins de Boston. On n'y avait pas joué que de la musique anglophone.

Réjean Tremblay a inventé le mot «fefans» pour désigner les fans de hockey les plus naïfs et les plus réactionnaires. Je les ai souvent entendus dire des âneries du genre: «On s'en fout qui joue dans l'équipe, pourvu qu'on gagne!» Justement, cet argument ne tient pas la route, car les Québécois étaient majoritaires dans les équipes du Canadien qui ont remporté les 24 coupes Stanley. Lors de ses deux dernières conquêtes, en 1986 et en 1993, les formations étaient composées respectivement de 10 et de 16 Québécois.

L'année dernière, même certains fefans ont rouspété quand Randy Cunneyworth, un unilingue anglophone, est devenu le nouvel entraîneur de l'équipe. Quelques mois plus tard, Geoff Molson, le propriétaire de l'équipe, qui s'exprime très bien en français, a réparé son erreur en nommant Marc Bergevin au poste de directeur général et ce dernier s'est entouré d'hommes de hockey francophones, sauf Rick Dudley, Scott Mellanby et Gerard Gallant.

Je me réjouis des succès actuels de l'équipe montréalaise et de l'entraîneur Michel Therrien, mais je ne peux pas m'empêcher de déplorer qu'il n'y ait que deux petits gars de chez nous au sein du Canadien, qui devait être à l'origine composé de francophones. Au cours de l'été, Mike Ribeiro, Guillaume Latendresse, Derek Roy, Benoit Pouliot et Pierre-Alexandre Parenteau ont changé de formation. Pourquoi le Canadien n'a-t-il pas pris les moyens pour aller les chercher? Finalement, la direction a embauché Francis Bouillon et s'est défaite de Mathieu Darche.

Le 27 août 1992, Serge Savard a échangé Brent Gilchrist et Shayne Corson contre un certain Vincent Damphousse. Encore aujourd'hui, si on veut aller chercher de bons joueurs francophones, il va falloir transiger. C'est peut-être l'apport de Damphousse qui a permis au Canadien de gagner sa dernière coupe.

La direction dira qu'il ne faut pas briser une combinaison gagnante. Eh bien, ça fait 20 ans qu'on a des capitaines unilingues anglophones comme Saku Koivu et Brian Gionta, de moins en moins de joueurs québécois... et on n'a pas gagné une coupe depuis!

Il y a de très bons jeunes joueurs francophones dans la ligue comme Jonathan Huberdeau, David Perron, Claude Giroux, Sean Couturier, Simon Després, Kristopher Letang. Le Canadien compte d'excellents joueurs anglophones, qui n'apprendront jamais un mot de français. Eh bien, qu'on les échange! On veut une équipe qui nous ressemble.

Dans l'histoire de la LNH, on a produit et on produit encore au Québec parmi les meilleurs joueurs. Est-ce qu'on peut en être fiers? Molson, Bergevin et compagnie n'ont pas l'air d'en être conscients. Décidément, Bouillon et Desharnais, ça ne suffit pas. Qu'arriverait-il s'ils se blessaient? Go Habs zéro...