Le tourisme médical était une industrie mondiale estimée à 100 milliards de dollars en 2012. C'est un phénomène croissant chez plusieurs populations qui choisissent avoir recours à l'offre de services de santé au niveau international plutôt que celle disponible dans leur propre réseau de santé.

Xavier Jolicoeur<br><i>L'auteur a rédigé son mémoire de maîtrise en marketing sur le tourisme médical au Canada.</i> LA PRESSE

Plusieurs pays ont d'ailleurs significativement développé leur expertise médicale afin d'attirer chez eux une clientèle étrangère et disposée à utiliser des services de santé hors de leur territoire d'appartenance.

Les raisons peuvent être multiples, mais majoritairement motivées par des coûts moins élevés, une attente inexistante, des traitements alternatifs qui ne sont pas offerts dans le pays d'origine ou qui n'ont pas encore obtenu l'approbation clinique et/ou légale, le désir de vie privée (si l'on pense à des chirurgies esthétiques par exemple), le désir d'avoir la possibilité d'étendre l'intervention ou le traitement médical dans le cadre de vacances et de bénéficier de services personnalisés (conciergerie, chambre privée, activités touristiques, etc). Les procédures les plus populaires sont les chirurgies esthétiques, les chirurgies orthopédiques, les chirurgies de la colonne vertébrale, les chirurgies bariatriques, le traitement de la vision par laser et les traitements dentaires.

Mais le phénomène n'est pas nouveau. Durant l'époque de la Grèce ancienne (2000 ans av. J.-C.), les peuples de partout voyageaient vers les temples érigés en l'honneur du dieu de la médecine, Asclépios, afin de trouver un remède à leurs problèmes de santé. L'élite romaine avait, elle aussi, des bains d'eau thermale utilisée pour leurs vertus thérapeutiques, où les peuples de l'Europe se rendaient pour relaxer et socialiser.

Mais les temps ont bien changé depuis. La planète est beaucoup plus petite. Le transport aérien est plus abordable et les gens sont plus mobiles que jamais. La technologie médicale de haute pointe est maintenant disponible partout : au Canada, aux États-Unis, en Inde, aux Émirats arabes unis, etc..

À l'ère de l'internet et des communications 2.0, les connaissances ainsi que les formations médicales et scientifiques traversent les frontières. Les standards de qualité médicale s'uniformisent adoptant les certifications ISO reconnues internationalement. En Thaïlande et en Inde, de grands groupes hospitaliers privés sont de véritables usines à chirurgies dont certaines sont mêmes cotées en bourse.

Mais le débat sur le tourisme médical est signe de questionnement plus profond au Québec vis-à-vis le système de santé. À l'aube d'une population active en décroissance et d'un vieillissement de la population, comment s'assurer de la pérennité de notre système de santé universel et « gratuit »?

Dans les conditions actuelles, il est difficilement envisageable que le système survive. En 2013, pour chaque dollar payé en taxe et impôts par les contribuables québécois, la moitié est octroyée à la Santé. Les dépenses en santé augmentent deux fois plus rapidement que la croissance économique et représentent près de 11% du PIB.

Selon une étude, les Québécois sont satisfaits et fiers de leur système de santé. Il n'est pas parfait, il coûte cher, mais il garantit à tous et chacun une certaine quiétude advenant l'imprévisible.

Ainsi, pour préserver ce système, deux solutions s'imposent : diminuer les coûts et/ou augmenter les revenus.

Plusieurs approches ont été avancées depuis les dernières années pour diminuer les coûts du système de santé notamment la création des CSSS, la mise en place du dossier patient électronique, les protocoles LEAN, les partenariats public-privé (PPP), les bénévoles, les « super infirmières », les actes autorisés aux pharmaciens. Ces solutions ont comme objectif de contribuer à améliorer l'efficacité, la productivité et à diminuer les coûts tout en conservant la qualité des services de santé.

Par contre, depuis les dernières semaines, la population s'est montrée réticente à ce qu'un établissement hospitalier génère des revenus produits par services vendus aux étrangers.

Un établissement hospitalier est contraint de générer environ 30% de son budget (70% est garanti par le gouvernement provincial). Il doit donc adopter une série de mesures lui permettant de diminuer ses charges et d'accroître ses revenus. La restauration et le stationnement payant, la privatisation des services de buanderie, d'entretien ménager et de sécurité ainsi que les chambres privées en sont tous de bons exemples. Les fondations hospitalières jouent aussi un rôle important dans le financement des soins, l'achat de nouveaux équipements médicaux et la recherche.  Toutes ces mesures restent acceptables en autant qu'elles ne réduisent pas le niveau d'accessibilité des soins et services de santé à la population.

Le cas de la femme koweïtienne qui s'est offert une procédure médicale à l'Hôpital Royal Victoria pour la somme de 200 000$ a heurté la sensibilité de notre population à l'égard de cette accessibilité. Pourquoi offrir aux étrangers l'accès à notre expertise et à nos espaces alors que les listes d'attente s'allongent dramatiquement mois après mois ?

En fait, le problème n'est pas tant d'avoir accepté ce marché avec le Koweit, mais plutôt de penser que cette personne a usurpé la place de quelqu'un en attente.  Or, l'hôpital affirme qu'aucun Québécois n'a été lésé puisque les lieux utilisés par la patiente durant son séjour étaient inaccessibles à la population, faute de financement.

Quelques établissements au Québec ont déjà pris l'initiative d'élargir leurs heures d'accessibilité à certains services diagnostiques pour réduire les listes d'attente.  Il y aurait peut-être lieu de se demander si cette formule pourrait être appliquée à d'autres secteurs cliniques, comme les chirurgies.  Sans viser un mode de fonctionnement 24/7, quels impacts l'utilisation des plateaux techniques et des blocs opératoires auraient sur les listes d'attente ? Un mode hybride ouvert partiellement à une population étrangère, pourrait-il contribuer à combler quelques déficits hospitaliers ?  La question se pose...

Il est clair qu'en aucun cas, cette pratique devrait permettre des augmentations salariales. Ces procédures médicales devraient être préalablement et soigneusement sélectionnées dans un objectif de rayonnement de l'expertise et du savoir-faire québécois à l'échelle internationale. Cela pourrait ainsi améliorer la visibilité du Québec dans le monde et aurait un effet d'attraction et de rétention des meilleurs praticiens, accroîtrait le financement de la recherche médicale autant chez les entreprises industrielles, pharmaceutiques, biomédicales contribuerait sans doute à l'amélioration de la qualité des soins de santé au Québec.

Le tourisme médical est une industrie florissante qui mérite de s'y attarder. Elle devrait aussi faire l'objet d'un sérieux encadrement et de strictes réglementations autant chez les patients étrangers que chez les Québécois qui voyagent pour leurs soins de santé.