Par son annonce abrupte, la démission du pape Benoît XVI en aura assurément surpris plus d'un. Même si, publiquement, Benoît XVI a maintes fois affirmé qu'il démissionnerait advenant une diminution de ses forces et capacités telle qu'à ses yeux, la charge pétrinienne ne serait plus bien servie. Car toute la question était de savoir s'il en aurait l'audace, vu le poids de la tradition dans l'Église, ou encore si son entourage allait accepter qu'il prenne une telle décision.

Pierre Murray<br><i>L'auteur est curé des paroisses Saint-Sylvain et Saint-Yves à Laval et enseigne la philosophie au Grand Séminaire de Montréal. LA PRESSE

Les faits parlent d'eux-mêmes, confirmant du même coup que Benoît XVI aura été fidèle à lui-même jusqu'au bout. Au-delà des appréciations que nous pouvons faire sur son pontificat, il faut reconnaître que Joseph Ratzinger aura succédé à Jean Paul II sans chercher à l'imiter alors que la pression et les attentes en ce sens étaient immenses. Par exemple, il a choisi de ne pas jouer la carte médiatique de la même manière que la jouait son prédécesseur, adoptant un style public presque effacé, plus proche de sa propre personnalité.

Sans préjuger de l'avenir, reste que l'annonce de cette démission est un pas dans la bonne direction pour l'Église, et ce, sans vouloir juger de la pertinence du pontificat de Benoît XVI. Même pour celles et ceux qui ne se reconnaissent plus dans l'Église, ou qui gardent une forme d'attachement ou de respect pour la foi tout en se sentant étrangers de toute cette structure romaine, tous admettent qu'être pape est une tâche à la fois lourde, immense et complexe.

De là, il n'y a qu'un pas à faire pour s'interroger à savoir si un homme de 85 ans a les réelles capacités pour faire face à une telle tâche. Plus Benoît XVI avançait en âge, plus le déficit de crédibilité se serait creusé sur ce point vis-à-vis de l'Église, du moins en Occident.

On comprend la logique derrière l'élection d'un homme âgé comme pape: puisque c'est une fonction à vie, soyons le plus prudent possible quant à la longévité potentielle du candidat. Car si un règne long assure une certaine stabilité, s'il est trop long, il génère son lot d'ennuis. L'Histoire nous rappelle qu'en pareils cas d'affaiblissement du pape par la maladie ou par l'âge, la Curie romaine en prend plus large et les jeux de coulisses abondent. Ce qui n'a rien pour redorer le blason de l'Église dans un monde moderne.

Il faut aussi considérer qu'au Québec particulièrement, dans l'imaginaire collectif, la foi est associée à tort ou à raison à une certaine époque, à une certaine génération. Puisque la transmission générationnelle de la foi n'a pas fonctionné, beaucoup regardent l'Église et la foi de l'extérieur et le fait d'avoir comme leader un homme de cette génération ne fait rien pour rapprocher qui que ce soit. Avoir un pape qui serait perçu comme de la même génération, pour peu qu'il fasse siennes «les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps» (Gaudium et spes), ajouterait de la crédibilité à une Église qui ne cesse d'en perdre en Occident.

Par sa démission, Benoît XVI ouvre une porte pour que cette logique change. Il serait possible d'élire un pape plus jeune pour qui il serait envisageable de démissionner à un moment opportun pour laisser la place à du sang neuf. Ainsi, j'en suis convaincu, l'Église gagnera un peu en crédibilité.

Les cardinaux électeurs saisiront-ils la balle au bond? Le geste audacieux de Benoit XVI réussira-t-il à changer les mentalités? Il est permis d'espérer, sinon de rêver!