Les enfants ont besoin de bouger!

LA PRESSE

Les enfants ont besoin de bouger!

Je suis enseignante au primaire et mère de deux jeunes enfants. Je suis troublée en pensant que mon aînée entrera dans le système scolaire l'an prochain.

Selon moi, la majorité des enseignants sont très dévoués et dynamiques. Cependant, ce qui m'inquiète beaucoup, c'est la structure de l'école primaire en général. Il n'est pas naturel pour des enfants si jeunes de rester aussi longtemps assis sur un banc d'école. Les enfants sont débordants d'énergie, et c'est une force qu'il faut encourager et non écraser. Ils ont besoin de bouger, de passer beaucoup de temps à l'extérieur et surtout de profiter des rayons du soleil. On parle souvent de dépression saisonnière chez les adultes, de l'importance de bénéficier de la lumière du jour . Pourtant, les jeunes passent presque la totalité de leur journée entre quatre murs. C'est très grave, particulièrement en hiver. Ils arrivent en classe au lever du soleil et, lorsqu'ils quittent l'école, il fait déjà nuit. Même moi, adulte, je peine à rester assise à l'intérieur toute une journée. Je ne trouve pas étonnant qu'autant d'enfants éprouvent des troubles de comportement, de concentration et d'hyperactivité.

Mon mari a grandi en Roumanie. Là-bas, l'horaire de l'école primaire était de 8h à 12h, incluant deux périodes d'éducation physique par semaine et une récréation quotidienne de 15 minutes à l'extérieur. Pourtant, lorsqu'il est arrivé ici à 15 ans, il était en avance, académiquement parlant, d'au moins deux ans. Je ne suggère pas que l'école finisse à midi, mais il y a moyen d'intégrer au programme du primaire plus de temps pour bouger dehors, dans la nature, et de pratiquer un sport, sans toutefois sacrifier le contenu académique.

Les heures passées assises sur un banc d'école sont vraiment trop longues. Considérant qu'il y a un gros problème d'obésité chez les jeunes enfants, que le taux de décrochage scolaire est très élevé et que les troubles de comportement et d'hyperactivité sont alarmants, il faut se questionner, car les enfants ont besoin de bouger.

Joanne Bonnici, enseignante

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La mèche courte

Publicitaire depuis plus de 35 ans, je suis aussi chargé de cours en publicité à l'Université de Montréal. Une de mes premières directives aux étudiants est celle-ci: on ne peut pas dire n'importe quoi en pub, tout le monde vous a à l'oeil - l'Office de protection du consommateur, les normes canadiennes de la publicité, les codes publicitaires de grands réseaux, Telecaster et surtout, une grande partie de la population qui est à l'affût, guettant la moindre de vos incartades. Bien sûr, la tolérance règne au Québec, on est capable de regarder des assassinats en direct aux informations, les téléromans nous gavent de scènes de lit mettant en scène des hétéros, des homosexuels ou des ados.

On y consomme aussi des tapes sur la gueule, des insultes et des scènes de violence à profusion, on loue des films pornos, mais quand la publicité s'exprime, holà, c'est la montée aux barricades! Et la dernière montée de lait, c'est l'Association des gais qui l'a faite, en réussissant à faire retirer des ondes ce petit bijou de message Familiprix où un pharmacien «se met à la place de son patient». Vous l'avez vu, ce gars qui, en dégustant une glace, se lèche les babines devant une vitre miroir et de l'autre côté, une grosse brute qui s'entraîne à lever des poids croit qu'on le drague? Et c'est avec l'oeil au beurre noir qu'un «patient-client» se présente à la pharmacie. Et pourquoi pas l'Association des culturistes qui pourrait, à son tour, se mettre à protester sous prétexte qu'on les représente comme des brutes?

On a déjà vu l'Association des policiers protester contre une annonce où la policière sortait de l'arrière d'un véhicule en ajustant sa chemise, suggérant ainsi qu'elle avait cédé aux charmes d'un conducteur qui pilotait la voiture X. Et cette femme à la radio qui n'aime pas celle où Martin Matte traite de «grosse vache» ... une vache qui lui barre la route.

Roger Tremblay, publicitaire

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Conduire est un privilège


Même si l'automobile n'apparaît pas dans feu le registre des armes à feu, son utilisation dangereuse peut entraîner des souffrances et briser des vies à tout jamais.

La conduite automobile de beaucoup trop de Québécois est lamentable. Un manque de civisme évident me sidère chaque fois. Le cerveau semble être remplacé par un moteur bruyant, qui pourrait écraser tout ce qui se trouve devant. Monsieur ou madame n'a pas de temps à perdre et ne supporte plus qu'on tente de le ou la ralentir. On ne prend même plus la peine de s'arrêter quand un piéton fait mine de traverser; on préfère l'ignorer. On ne suit plus à une distance respectable un conducteur plus âgé: on klaxonne avec indignation. Et tant qu'à faire, pourquoi activer son clignotant, respecter la limite de vitesse ou le feu rouge?

Est-ce l'éducation ratée de toute une génération qui pourrait expliquer cette incivilité? Est-ce le développement de l'individualisme depuis les années 70 qui nous fait oublier que l'autre est avant tout un sujet qui a le droit de vivre et qui mérite notre respect? Certains automobilistes québécois seraient-ils devenus des êtres arrogants, se pensant plus importants que les piétons, les cyclistes ou les autres conducteurs qui croisent leur chemin? Avant l'obtention du permis de conduire, le candidat devrait-il être soumis à un test psychologique et à un questionnaire sur la politesse et le savoir-vivre?

Conduire une automobile est un privilège et non un droit. Si c'est trop difficile de vous en souvenir, pourquoi ne pas vous le faire tatouer sur la main droite, celle qui sert à mettre la clef dans le contact. À moins que le retrait du permis ou de la voiture, de même que des amendes bien salées réussissent là où tout le reste a échoué?

Philippe Roy, Gatineau

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Vraiment recyclés?


Le début d'octobre nous a amené une nouveauté dans notre magasinage. Le gouvernement a imposé officiellement une nouvelle taxe lors de l'achat d'un produit électronique composé de matières recyclables. Cette taxe présente certainement des aspects positifs, considérant que le pays devrait placer la santé de la planète au coeur de nos préoccupations. Mais, derrière la facture, ce travail est-il vraiment effectué? Qu'est-ce qui fait que soudainement le recyclage nécessite que nous déboursions encore de l'argent? De plus, pour certains appareils, comme les téléviseurs, le montant exigé me semble démesuré par rapport à celui d'autres appareils. Finalement, étant vendeur d'appareils électroniques, je me demande, en voyant les citoyens débourser ces frais sans sourciller, s'ils ont vraiment l'impression de faire leur part pour l'environnement. Espérons que non, car c'est tout ce qu'on peut faire.

Aram Balian, Laval

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Lire à tous prix


En campagne électorale, le Parti québécois s'est prononcé en faveur de la politique du prix unique du livre qui vise, selon plusieurs, à protéger la diffusion d'oeuvres à faible tirage et de petits détaillants se disant victimes de la concurrence des grandes surfaces.

Dans une province où la promotion de la culture est synonyme de survie, l'enjeu est de taille, puisque les ventes de livres représentent plus de 700 millions de dollars par année, selon l'Observatoire de la culture du Québec.

Cette mesure, qui réjouit auteurs, éditeurs et libraires, n'est toutefois pas à l'avantage du consommateur qui, lorsqu'il voudra se procurer le dernier Marie Laberge dès sa sortie, devra débourser plus cher et ne profitera pas du prix fixé par le libre marché.

Qui plus est, la politique du prix unique vient en opposition avec le consensus québécois de l'accessibilité au livre. Il est contradictoire d'exempter ce dernier de la TVQ, tout en forçant le consommateur à payer un prix fixe qui ne sera pas à son avantage.

Selon les chiffres de l'Association des libraires du Québec, on compte près de 10% de libraires de moins qu'il y a 10 ans. Plutôt que de blâmer uniquement les grandes surfaces pour cette hécatombe, il faut reconnaître que le commerce au détail a changé et qu'il faut s'adapter.

Si auteurs et poètes craignent la disparition d'un moyen de diffusion essentiel à leur survie, il est impératif qu'ils usent de leur créativité pour rayonner plutôt que de s'engager dans une bataille perdue d'avance. Tout comme l'a fait Coeur de pirate, en utilisant la puissance de l'internet comme tremplin à sa musique, ces artistes peuvent en faire tout autant.

Frédéric Baril, Gatineau

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Mourir dans la bureaucratie


Il souffrait de démence depuis une dizaine d'années. Il était suivi par l'Institut de gériatrie de Montréal. La famille avait fait les démarches pour un hébergement dans un centre de soins. Nous étions en attente de l'homologation d'un mandat d'inaptitude. Ma mère, âgée de 82 ans, était épuisée, désespérée. Pendant ce temps, mon père gravissait les échelons d'une liste d'attente pour un centre.

Il y a quelques semaines, mon père a dû être hospitalisé. Évidemment, pour le bien-être de maman, il n'était pas question qu'il revienne à la maison.

À l'hôpital, il a été vu et soigné par des dizaines de médecins, d'infirmières, de préposés qui ont compris et constaté son état. Même une gériatre l'a évalué.

Pouvez-vous imaginer ma stupéfaction d'apprendre qu'à sa sortie de l'hôpital, il devait passer par un lit d'évaluation et ensuite par un lit de transition? N'était-il pas suffisamment évalué? Qu'est-ce qu'un séjour de 72 heures pouvait leur apprendre de plus? Et, sérieusement, qu'allait-on lui offrir de si personnalisé au bout de ce processus?

Pour améliorer le système, on le bureaucratise à l'excès. On ajoute des agences, on paie des fonctionnaires, on multiplie les paliers décisionnels. Le bien-être du patient fragilisé passe au second plan. L'épuisement des aidants naturels ne compte pas. Les risques de démotivation du personnel, qui côtoie la souffrance et la détresse quotidiennement, sont banalisés.

Heureusement, mon père est mort avant l'étape du lit d'évaluation. Il n'aurait pas aimé. Ça, c'est sûr!

Marie-France Goyer

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L'adaptation inadaptée


Des appartements adaptés pour des personnes à mobilité réduite sont loués à des locataires n'ayant pas besoin d'adaptations. Ces personnes, qui attendent avec espoir une place dans ces appartements, se voient l'accès refusé à des habitations qui faciliteraient grandement leurs conditions de vie.

Pourquoi investir dans de l'équipement et dans les commodités si, finalement, ces logements ne sont pas loués à des personnes qui en ont réellement besoin? La Société d'habitation du Québec verse des subventions à des coopératives pour que ces appartements soient adaptés, mais ils ne sont pas tous habités par des personnes handicapées. D'ailleurs, si ces programmes d'aide existent, c'est pour que leur utilité soit juste. Il est abasourdissant de remarquer que certaines personnes abusent à leur profit de ces programmes d'aide. Où sont les valeurs morales dans notre société?

Mélissa Lecompte, Joliette