Au-delà des multiples avis dans les médias pour décourager la population de visionner la vidéo scabreuse de Luka Rocco Magnotta, un enseignant l'a projetée en classe. Bien qu'il ait soumis cette activité au vote de ses élèves, cela ne le délivre pas pour autant de ses responsabilités d'adulte et de professionnel.

Martin Legault<br><i>L'auteur est enseignant au secondaire, président du conseil d'établissement de l'école fréquenté par ses enfants et candidat de la Coalition avenir Québec dans la circonscription de Vaudreuil.</i> LA PRESSE

Philippe Trahan est un enseignant en début de carrière apprécié de ses élèves. Or, est-il tombé dans le piège que connaît tout enseignant soit celui de vouloir plaire, encore plus, à ses élèves? Aucune explication de sa part n'effacera les préjudices qu'ont subis les élèves. Maintenant, devrait-il pouvoir poursuivre sa carrière en éducation? Je crois qu'on devrait lui en accorder la possibilité, mais en assurant un étroit suivi.

Or, au Québec, aucune structure n'a le mandat de faire le suivi professionnel qualitatif du travail des enseignants. Par conséquent, l'enseignant congédié pour avoir diffusé la vidéo d'un meurtre pourra tout aussi bien poursuivre sa carrière en septembre dans une autre commission scolaire ou une école privée au Québec ou ailleurs au Canada, sans avoir d'encadrement correspondant à la faute qu'il a commise.

En Ontario ou en Colombie-Britannique, cet enseignant aurait pu aussi être congédié pour le même geste. Cependant, l'ordre professionnel des enseignants aurait jugé son cas à son tour pour lui permettre ou non de poursuivre sa carrière sur son territoire, ou lui accorder une autorisation conditionnelle et le contraindre de se soumettre à une étroite supervision pour une période déterminée.

Parfois, un enseignant populaire et bon pédagogue peut commettre des erreurs graves de jugement. Parfois, l'inexpérience rend vulnérable. Si le Québec avait aujourd'hui un ordre professionnel, il pourrait assurer un accompagnement approprié auprès de cet enseignant au cours des prochaines années. Cela nous permettrait de protéger le public et conserver l'apport d'un professionnel apprécié de ses élèves tout en veillant sur sa pratique pour prévenir un autre manque d'éthique.

Malheureusement, nous n'avons pas encore une telle structure chez nous. Donc, où ira enseigner le professeur en question en septembre prochain? Quelle sera la perception des directions d'école à l'égard de son éventuelle candidature?

Ce dossier illustre l'impact que peut avoir un enseignant sur la vie des jeunes. Il témoigne aussi du discernement dont chaque pédagogue doit faire preuve lorsqu'il présente une activité pédagogique à ses élèves. Il illustre la complexité et les profonds enjeux qu'est l'acte d'enseigner. Que faut-il de plus maintenant pour reconnaître ce statut social au rang de professionnel?

La Coalition avenir Québec a fait le choix de se positionner en faveur de la création d'un ordre professionnel des enseignants au Québec et cela fait partie de ma motivation à m'impliquer en politique. Le rôle des enseignants est si crucial pour nos enfants, pourquoi ne pas prendre les moyens pour leur assurer un encadrement et une reconnaissance professionnelle à la hauteur des attentes de la population?