Comme à chaque année, mon syndicat soulignera aujourd'hui la journée nationale des personnes préposées aux bénéficiaires. Comme je suis préposé aux bénéficiaires depuis 28 ans, je suis très heureux qu'une fois l'an, un organisme pense à souligner notre travail que j'ose qualifier de vocation.

Jean Bottari<br><br><i>L'auteur est préposé aux bénéficiaires à l'hôpital Marie-Clarac, à Montréal-Nord.</i>

Contrairement à la croyance populaire, un préposé aux bénéficiaires ne fait pas que changer des couches. Non le préposé aux bénéficiaires est la personne qui est le plus près du patient, qui détecte le moindre changement dans son comportement ou toute détérioration physique. En plus de notre travail physique, nous exerçons plusieurs tâches connexes. L'écoute est primordiale. Il nous faut être à la fois psychologue et motivateur. Surtout dans un centre de réadaptation physique, il nous faut apprendre à motiver le patient qui nous arrive quelques jours après avoir subi une intervention chirurgicale dans un grand centre hospitalier de la région de Montréal.

Souvent, à son arrivée, le patient est démotivé, fatigué et ne pense qu'à se reposer. Va pour la première journée. Le lendemain débute la séance de motivation de la part de tous les intervenants, mais plus particulièrement de la part du préposé aux bénéficiaires qui devra, tel un Jean-Marc Chaput, encourager et soutenir la personne âgée qui a été opérée soit à la hanche, le genou ou l'épaule. Il y a toutes sortes d'obstacles à cette réadaptation. Trop souvent, faute de ressources, le patient ne s'est pas levé à la suite de sa chirurgie. Une personne âgée qui ne bouge pas perd sa masse musculaire à une vitesse folle. Il nous faudra donc redoubler d'efforts afin de la remettre sur pied. Souvent laissés à eux-mêmes, nos aînés souffrent de dénutrition et présentent régulièrement les symptômes de la déshydratation et toutes sortes de conditions de santé sous-jacentes.

Mais ne vous détrompez pas, car ce n'est que la pointe de l'iceberg.

Ce patient apporte aussi avec lui ses bons souvenirs mais aussi, et trop souvent, les mauvais. Un fils ou un conjoint décédé récemment. Un vieil ami qui est atteint de la maladie d'Alzheimer, ou encore l'abandon pour des raisons de santé de la maison familiale qu'il habite depuis plus de 50 ans. À qui croyez-vous que cet être humain ayant vécu des hauts et des bas va se confier? Avez-vous dit le préposé aux bénéficiaires? Oui, c'est la bonne réponse.

Les médias rapportent malheureusement les cas de maltraitance, que je condamne, envers les bâtisseurs de notre société. Mais au moins, une fois par année, une journée est dédiée aux personnes qui, comme moi, tentent d'apporter un certain réconfort aux patients qui en ont tant besoin. Oui, cette date est importante, car nous nous sentons valorisés. Mais la meilleure et la plus belle valorisation, selon moi, nous provient directement du patient qui nous lance, malgré la douleur, un sourire, un clin d'oeil ou nous tend la main tout en nous disant merci. Ce merci qui vient droit du coeur est le comble de la valorisation et c'est la raison principale pour laquelle nous faisons ce métier.

Je l'aime mon emploi, et j'adore mes patients qui, eux, me le rendent au centuple.