Une commission d'enquête n'est pas la solution. Un individu qui subit un traumatisme sévère doit passer par plusieurs phases pour pouvoir accéder à la guérison. S'il ne réussit pas à passer à travers chacune de ces phases, il en sera affecté toute sa vie. Il semble qu'il en va de même pour les sociétés.

Jean-Luc Landry<br><i>L'auteur est président de Landry Morin inc., un gestionnaire de portefeuilles, et ancien président de l'Association des économistes québécois.</i>

Lorsque le magazine Maclean's a posé la question: «Le Québec est-elle la province la plus corrompue?», tous les bien-pensants au Québec se sont indignés. Comment peut-on envisager une chose pareille? Plutôt que de tenter de répondre directement à la question, on a plutôt tiré sur le messager. Ce fut la phase de la négation.

Le temps a passé et l'évidence s'est accumulée si bien qu'aujourd'hui, nous en sommes venus à la phase de révolte. Les Québécois sont maintenant convaincus que la corruption est vastement étendue dans la construction au Québec et ils demandent une commission d'enquête. Pourtant, une commission d'enquête n'est pas la solution. D'ailleurs, nous en avons déjà eu une et nous nous retrouvons encore avec le même problème. Qui plus est, certains des protagonistes identifiés par la commission Cliche sont les mêmes qui sont montrés du doigt aujourd'hui. Une commission d'enquête coûtera des millions de dollars, épinglera quelques personnes au hasard qui ont peu de chances d'être les principaux acteurs et, surtout, elle prendra beaucoup de temps. Cette perte de temps nous empêchera probablement de passer à la phase suivante qui est de passer à l'action.

Nous faisons face ici à un problème systémique: tout le monde est plus ou moins au courant qu'il y a collusion dans la construction et tout le monde ferme les yeux. Dans de telles circonstances, la meilleure solution est de déclarer l'amnistie pour tous les actes du passé et de travailler à éliminer les facteurs qui ont permis à ce système de se développer.

Dans une affaire de corruption, il y a toujours deux protagonistes qui s'échangent des faveurs pour combler un besoin. Dans ce cas-ci, il s'agit du besoin de financer les partis politiques. La loi électorale limite les contributions individuelles aux partis politiques et de toute évidence ces sommes sont insuffisantes pour les financer adéquatement, si bien que tous les partis ont recours au financement occulte. Lorsque tout le monde désobéit ou ferme les yeux, c'est que le règlement n'a pas de bon sens. Il faut donc éliminer les limites sur les contributions aux partis politiques, mais en s'assurant qu'elles soient rendues publiques. Dans une société d'information comme la nôtre, le public sera à même de juger à quelle enseigne logent les politiciens selon les contributions qu'ils reçoivent.

Il faut aussi agir sur l'autre protagoniste. Les entrepreneurs sont capables de maintenir des systèmes de collusion parce qu'il n'y a pas assez de concurrence dans le domaine de la construction. Il faut éliminer toutes ces barrières à la concurrence que ce soit du côté du placement des travailleurs que des barrières qui empêchent les entreprises de l'extérieur du Québec de faire des affaires ici.

Troisièmement, il y a toujours un intermédiaire dans ces affaires de collusion. On peut bien blâmer les politiciens, mais il est impossible pour un politicien de donner des contrats sans la coopération des hauts fonctionnaires. Si les dirigeants du ministère des Transports ne sont pas au courant des manoeuvres décrites dans le rapport Duchesneau, ils sont incompétents. S'ils sont au courant, ils sont corrompus.

Dans un cas comme dans l'autre, il faut s'en débarrasser. De toute façon, les preuves de l'incompétence du ministère des Transports sont tellement accablantes qu'il faudrait une purge de toute façon.