Doctorant en démographie à l'INRS, l'auteur a coécrit Le remède imaginaire. Pourquoi l'immigration ne sauvera pas le Québec (Boréal 2011).

Guillaume Marois

L'Office québécois de la langue française confirme que le français, comme langue parlée à la maison, connaît un déclin inquiétant au Québec. Dans l'île de Montréal précisément, les francophones deviendront minoritaires au cours des prochaines années. Une des principales causes du déclin du français est le volume et la composition de l'immigration admise au Québec.

Après plusieurs années de déni, de plus en plus de chercheurs, observateurs et politiciens semblent prendre conscience de l'ampleur du défi qui nous attend. Pourtant, le gouvernement et certains commentateurs conservent une vision étrangement optimiste de la réalité.

On soutient que le déclin du français comme langue parlée à la maison ne représente pas un problème, que les allophones peuvent parler leur langue maternelle à la maison tout en utilisant le français dans l'espace public et au travail. En pratique, cet argument semble surtout servir à justifier notre inaction. L'anglicisation est tout aussi évidente lorsqu'on considère la langue parlée au travail.

Le recensement de 2006 a révélé que trois quarts des travailleurs allophones - et les deux tiers de l'ensemble des immigrants - utilisent souvent ou régulièrement l'anglais au travail. Ces chiffres sont complètement démesurés: la communauté anglophone (de langue maternelle) représente moins 10% de la population du Québec.

Certains pourraient être tentés d'expliquer cette situation par les exigences du marché du travail. Or, les francophones sont deux fois moins nombreux à utiliser l'anglais au travail (30%). Ces chiffres sont révélateurs du pouvoir d'attraction qu'exerce l'anglais auprès des communautés allophones et immigrantes.

En l'absence d'un renversement de tendance, l'immigration continuera de contribuer fortement à la diminution du poids du français au Québec et, particulièrement, dans la région de Montréal.

Comment cela est-il possible, alors que Québec sélectionne précisément ses immigrants en fonction de leur connaissance du français? Voilà où est le problème. Si la connaissance du français permet aux candidats à l'immigration de se qualifier plus facilement, elle est loin d'être obligatoire, parce qu'environ le tiers des immigrants admis au Québec n'a aucune connaissance du français.

Il faut également souligner que la majorité des immigrants qui connaissent le français connaissent également l'anglais. Cela est très bien d'un point de vue économique, mais rend ces immigrants tout aussi susceptibles de s'angliciser que de se franciser.

Dans la planification trisannuelle de sa politique d'immigration, le gouvernement se fixe d'ailleurs un objectif étrangement peu ambitieux pour ce qui est du français, celui de «maintenir majoritaire la proportion de personnes connaissant le français dans l'ensemble des admissions». Cette proportion est considérablement plus faible que celle atteinte au cours des dernières années. Elle est donc peu susceptible de renverser la tendance.

La situation n'est pourtant pas irréversible. Une politique linguistique vigoureuse est nécessaire et elle doit inclure une révision de nos politiques d'immigration et d'intégration. Il est crucial de mieux cibler, au moment de la sélection, les personnes susceptibles de s'intégrer en français. Lorsqu'une personne est sélectionnée pour immigrer au Québec, elle acquiert le droit d'y rester pour le reste de ses jours. N'est-il pas risqué d'offrir ce droit à une personne qui n'a pas préalablement manifesté un intérêt pour notre langue? Pourquoi ne pas résoudre le problème en faisant de la connaissance du français un critère éliminatoire au moment de la sélection des immigrants? Ceux qui ne souhaitent pas apprendre le français pourront continuer de séjourner au Québec sous différents titres de séjour temporaire.

Pour le gouvernement, il semble plus important d'admettre un volume d'immigration élevé que d'assurer la pérennité du français et la bonne intégration linguistique et culturelle des candidats choisis. Il faut cesser de se contenter des faibles et rares gains au chapitre de la francisation ou de la régionalisation.

Le recul du français ne doit pas être ralenti, il doit être arrêté.