Comment ralentir le dérèglement climatique ? Un bon point de départ serait de ne plus subventionner le problème. De ne plus financer l'industrie pétrolière et gazière.

C'est, comme dirait Platon, le gros bon sens. Malheureusement, le Canada échoue encore à ce test, comme le démontre le rapport déposé hier par la commissaire fédérale à l'environnement.

Pourtant, autant les gouvernements Harper que Trudeau s'y étaient engagés.

En 2009, les conservateurs se ralliaient à une initiative du G20 qui préconisait d'« éliminer progressivement » et de « rationaliser à moyen terme » les subventions « inefficaces » aux énergies fossiles. Puis en 2015, les libéraux allaient plus loin. Ils promettaient d'éliminer « à moyen terme » l'ensemble des subventions. La cible a été précisée - elle est désormais 2025.

On ne peut pas dire que rien n'a été fait. Quelques subventions ont été abolies* depuis 2011. Mais le Canada reste encore loin de ses promesses.

La meilleure façon de ne pas régler un problème, c'est de s'empêcher de le voir. Or, c'est ce qui se passe encore. Ottawa n'a pas encore présenté sa feuille de route pour mettre fin à cette aide. Et pire, il ne donne même pas de portrait de cette aide.

En 2017, la commissaire au développement durable avait demandé au ministère des Finances de lui transmettre les données sur les diverses subventions. Il a refusé. Si bien qu'il a fallu un décret l'année suivante pour le forcer à partager ces informations avec elle.

La commissaire a dû être déçue en voyant le résultat. Le ministère des Finances agit comme si les engagements des premiers ministres ne voulaient rien dire. Il ne définit pas en quoi consiste une « subvention inefficace ». Il ne recense pas non plus l'ensemble des subventions pour obtenir un portrait d'ensemble. Une certaine analyse est faite pour évaluer individuellement l'impact économique de chaque mesure. Mais cette analyse ne calcule pas l'ensemble des effets sociaux et environnementaux à long terme.

Il est vrai que certaines subventions peuvent se défendre, comme les dépenses en innovation verte, qui permettent de réduire l'intensité des émissions de gaz à effet de serre par baril produit.

Il est aussi vrai qu'obtenir un portrait clair et exhaustif n'est pas simple... Par exemple, une subvention peut prendre plusieurs formes - prêt, garantie de prêt, subside, allègement fiscal, aide en recherche et développement ou encore vente de service comme l'électricité sous le prix du marché.

Et enfin, il est également vrai que la ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, a lancé la semaine dernière une consultation pour définir ce qu'est une « subvention inefficace ». Mais le rapport sera déposé à la fin juin, quand le Parlement ne siégera plus. C'est un peu tard...

En l'absence d'un portrait officiel, certains groupes ont fait leur évaluation. C'est entre autres le cas de l'Institut international du développement durable. En septembre dernier, il concluait que le Canada serait le pays du G7 qui subventionne le plus son industrie pétrolière et gazière.

On comprend que la chute du baril du pétrole a durement frappé l'Ouest. La crise y est d'autant plus grave que, par manque d'oléoducs, l'Alberta est condamnée à vendre son pétrole au rabais aux États-Unis. Mais Ottawa pourrait aider davantage la province en épaulant sa diversification économique et ses travailleurs.

Ceux qui, comme les conservateurs, veulent retarder la transition énergétique plaident le réalisme. La demande pour le pétrole existe encore, disent-ils. En attendant d'autres sources énergies fiables et abordables, le pétrole est là pour de bon. S'ils croient au marché, qu'ils cessent de justifier que l'État aide les sociétés pétrolières et gazières. Le rôle de l'État est de corriger les externalités environnementales. Pas de les aggraver.

Malheureusement, c'est encore le cas. Le Canada ne traite pas les énergies fossiles comme une industrie de laquelle il doit lentement, mais sûrement se détourner.

* Voici les principales subventions éliminées selon l'analyse de l'Institut international de développement durable : 

• Les frais de biens relatifs aux sables bitumineux ne sont plus traités comme des frais d'aménagement (2011).

• Les frais de préproduction de nouvelles mines de sables bitumineux et de schiste bitumineux ne sont plus traités comme des frais d'exploration (de 2011 à 2016).

• Un crédit d'impôt à l'investissement pour le pétrole et gaz a été éliminé (de 2012 à 2017).