L'audit lancé par le diocèse de Montréal ne suffira pas pour mener à la vérité ni à la réconciliation.

Mardi, un groupe de cinq diocèses, mené par celui de Montréal, a lancé un audit sur les agressions sexuelles. Quatre autres diocèses prévoient les imiter. Le but : dénombrer les agresseurs et les victimes depuis les années 50.

C'est un geste louable, mais il arrive un peu tard.

Si le but était de faire toute la lumière et de demander pardon, le diocèse aurait consulté les victimes. Autant pour le choix du mandat que celui de la personne qui l'exécute.

Il est inusité qu'un accusé dirige sa propre enquête. C'est ce qui se passe avec cet audit.

Première source d'irritation, il ne concerne pas les congrégations, qui géraient entre autres les écoles catholiques. Pourtant, c'est là que se seraient déroulées la majorité des agressions sexuelles. On comprend qu'un diocèse n'a pas de juridiction sur une congrégation, mais les victimes se fichent des flèches sur l'organigramme du catholicisme. Malheureusement, elles n'auront pas de portrait complet. Pourquoi ne pas avoir essayé d'élargir la démarche ?

Seconde source d'irritation, le choix de la personne qui pilote l'audit, Anne-Marie Trahan. Cette ex-juge de la Cour supérieure a une expertise en droit de l'enfance. Mais les groupes de victimes soulignent qu'en tant que membre de l'Ordre de Malte, un groupe catholique, Mme Trahan est une amie de l'Église. Nous ne doutons nullement de son intégrité. Mais dans un dossier si sensible, il aurait été préférable de valider le choix avant de l'annoncer.

Avec ces audits, l'Église semble surtout vouloir se réconcilier avec elle-même. Il n'y a aucune ironie dans notre formule. Cette démarche l'aidera à se tourner ensuite vers les victimes. Mais les étapes les plus délicates restent à franchir.

Cette démarche est saine et nécessaire. Mais pour la main tendue, les victimes attendent encore.

Ce n'est pas grave, elles sont habituées... En 1985, le scandale des prêtres pédophiles éclatait dans la revue américaine spécialisée National Catholic Reporter. Peu après, on apprenait que le Canada et le Québec étaient loin d'être épargnés.

Différentes enquêtes ont été instituées, entre autres en Irlande, aux Pays-Bas, en Australie, en Allemagne ainsi que dans certains États américains. L'automne dernier, la Conférence des évêques catholiques a publié un guide de protection pour les mineurs. Et en février, le Vatican a organisé une conférence sur le sujet.

La pression montait donc pour que quelque chose soit fait au Québec. C'est dans ce contexte que Christian Lépine, archevêque de Montréal, a lancé son audit. Certes, il ne s'agit pas du premier geste de son diocèse. Une ligne téléphonique spéciale avait déjà été créée pour les victimes, en plus d'un service diocésain responsable entre autres de prévenir les agressions.

Mme Trahan aura accès autant aux archives ordinaires que secrètes sur les prêtres (en espérant que rien n'a été détruit). On ne sait toutefois pas dans quelle mesure elle exposera publiquement les relations entre les victimes, leurs familles, les agresseurs et l'Église qui les protégeait. En d'autres mots, le système qui a permis aux pédophiles de sévir sans crainte. 

Pour l'instant, on n'a que des anecdotes troublantes. C'est un prêtre qui viole un garçon puis lui demande de prier pour obtenir le pardon. Un père qui gifle son fils pour avoir dénoncé son agresseur religieux. Un autre père policier qui refuse de porter plainte. Et ceux qui tremblaient en voyant que la main qui donnait le corps du Christ était celle qui les avait violés la veille.

En attendant un portrait complet, qui mènerait à des excuses complètes, il n'y aura pas de vérité ni de réconciliation.

Il ne reste que la justice, criminelle et aussi civile avec les actions collectives. Mais dans ce dernier cas, le temps joue contre les victimes.