Ils étaient beaux à voir, ces milliers de jeunes qui manifestaient vendredi dernier pour dénoncer notre inaction contre les dérèglements climatiques.

Leur marche ne doit toutefois pas faire oublier un inquiétant paradoxe.

D'un côté, les Québécois n'ont jamais été autant préoccupés par l'environnement. De l'autre, ils ont élu en octobre dernier le parti qui s'en souciait le moins.

La Coalition avenir Québec a obtenu le plus de votes même si elle avait la pire plateforme environnementale - elle en parlait à peine. Tandis que le Parti québécois et Québec solidaire, qui avaient les programmes environnementaux les plus étoffés, ont récolté le moins de suffrages.

Cela s'explique assez facilement. Les Québécois plus vieux sont à la fois ceux qui votent le plus et ceux qui se préoccupent le moins de l'environnement. (Note à nos chers lecteurs : nous ne visons personne individuellement, nous rapportons les tendances.)

Mais un problème plus profond se cache derrière ce constat. Les jeunes qui marchent se battent contre un redoutable ennemi : le temps. Le temps qui pourrait manquer pour freiner les changements climatiques, bien sûr. Mais aussi le rapport au temps des électeurs et des gouvernements.

Pour un gouvernement, le long terme, c'est la fin de son mandat de quatre ans. À écouter le gouvernement caquiste, c'est comme si 2050 n'arriverait jamais. Des électeurs à la retraite se disent sûrement aussi la même chose... Les plus jeunes se projettent quant à eux dans cet avenir inquiétant.

Cela se mesure dans une multitude de sondages*. Les 18-34 ans priorisent davantage l'environnement que les 35-54 ans, et l'écart se creuse encore plus avec les 55 ans et plus.

On observe même une différence entre les 22-25 ans et les 18-21 ans, et cette tendance se poursuit probablement chez les mineurs.

Car ce sont ceux qui n'ont pas encore le droit de vote qui payeront pour l'inaction climatique.

En vieillissant, en feront-ils encore une priorité ? Accepteront-ils les inconvénients à court terme qui viendront avec le déclin des énergies fossiles, même quand ils chercheront un travail et une maison en banlieue pour leurs enfants ? Bien sûr, leurs préoccupations pourraient faiblir dans le temps. Mais plusieurs indices laissent croire qu'un changement générationnel s'opère.

Selon un sondage Ipsos-La Presse, l'environnement est, à égalité avec la crise étudiante de 2012, l'élément déclencheur de l'implication politique des jeunes de 18-21 ans. C'est par là que leur engagement a commencé. Et plus le temps avancera, plus les conséquences des perturbations climatiques deviendront concrètes.

Si les moins de 30 ans votaient massivement, il serait plus difficile pour le gouvernement caquiste de se vanter de son approche « pragmatique » qui se réduit pour l'instant à ne bouger que lorsque la population le pousse assez fort dans le dos.

Vendredi, les jeunes se sont impliqués à leur façon, en prenant la rue. Ils ont tout intérêt à maintenir la pression. Sinon, le temps continuera de jouer contre eux.

* Voir notamment les sondages d'Angus Reid, Ipsos-La Presse et CROP-Université Laval.