Imaginez une série de tueries à Montréal avec un nouveau type d'arme automatique.

Imaginez que la mairesse réagisse ainsi : non, non, il ne faut surtout pas resserrer le contrôle des armes à feu. Cela donnerait un faux sentiment de sécurité ! « Responsabilisons » plutôt les propriétaires. Et si ça ne fonctionne pas, c'est aux voisins de les surveiller. C'est la science qui le dit !

Cette rhétorique, c'est celle de la National Rifle Association (NRA) aux États-Unis. Et cela ressemble aussi à celle de Valérie Plante avec les pitbulls.

La fin de semaine dernière, un chien a attaqué à répétition des enfants à Montréal-Nord. Mme Plante s'est dite « troublée ». On ne doute pas de sa sincérité, mais elle est mairesse. S'indigner est bien, mais faire quelque chose serait encore mieux.

Selon le rapport de police, le chien serait un « american pitbull ». Cela reste toutefois à être confirmé par une analyse officielle.

Mme Plante n'en démord pas : elle ne veut pas cibler une race de chien. Elle préfère en appeler à la responsabilité des propriétaires de chiens et à la vigilance des voisins.

Même s'il est vrai que tous les chiens peuvent mordre, ils ne le font pas dans la même proportion ni avec les mêmes dégâts. 

De 2015 à 2017, les différents chiens de type pitbull étaient responsables de plus du tiers des morsures. Et leurs mâchoires peuvent briser des os d'enfant, ce qui n'est pas le cas de tous les chiens.

En 2015, le maire Coderre avait adopté un règlement pour empêcher les nouvelles adoptions de pitbulls. Sa successeure Valérie Plante l'a déchiré. Peut-être voulait-elle ainsi attaquer l'héritage de M. Coderre ou apaiser le lobby animalier. Chose certaine, elle n'a pas obéi à « ce que dit la science », comme le prétend son administration. La science a le dos large...

Les vétérinaires peuvent nous dire s'il est facile d'identifier une race - ce ne serait pas simple pour les déclinaisons de pitbulls. Ils peuvent aussi dire quelle race est plus susceptible de mordre et de blesser. Cette expertise est cruciale pour éclairer le débat. Elle éclaire la réflexion, mais ne donne pas la réponse finale.

Pour élaborer un règlement, il faut aller plus loin. Il faut réfléchir aux valeurs, à la morale, à la gestion du risque et arbitrer des intérêts contradictoires. Ce sont des questions politiques et non scientifiques.

Il n'y a pas une « bonne réponse » donnée par la science.

Les pitbulls actuels et leurs maîtres ne seraient pas lésés. Les propriétaires pourraient garder leur bête. On empêcherait seulement les adoptions futures.

Il existe un seul argument valable contre le règlement anti-pitbulls : l'applicabilité. Serait-il impossible à interpréter au quotidien ? C'est ce que prétendent des vétérinaires, selon qui il est parfois difficile de déterminer si un chien est un pitbull. L'Ontario démontre toutefois depuis une décennie que ce travail, bien qu'imparfait, peut se faire.

Les autres arguments contre l'interdiction ne tiennent pas la route.

Des vétérinaires rappellent que d'autres chiens peuvent mordre et blesser les humains. Bien sûr, interdire les nouveaux pitbulls n'éliminera pas les morsures de chien. Mais si on peut réduire le risque, pourquoi s'en priver ?

Selon Mme Plante, on créerait ainsi un « faux sentiment de sécurité ». Elle a plutôt créé un vrai sentiment d'insécurité. C'est surtout cela qui devrait la troubler.

Le règlement Plante

On intervient en aval. Les pitbulls sont permis. Si un citoyen juge qu'un chien est dangereux, il doit prévenir les autorités. L'animal sera alors évalué, peu importe sa race. Il pourra être classé « à risque », puis « potentiellement dangereux ». Dans ce cas, il sera soumis à certaines restrictions (muselière à l'extérieur, laisse de 1,25 mètre ou moins, etc.).

Dans le cas de la morsure la fin de semaine dernière, le chien portait une muselière. De plus, il s'était déjà montré agressif, sans qu'il y ait eu d'intervention. Bref, le règlement Plante n'aurait pas été efficace.

Le règlement Coderre

On intervenait en amont. Les propriétaires actuels de pitbulls pouvaient garder leur bête. Les nouvelles adoptions étaient toutefois interdites. Les pitbulls actuels devaient aussi porter leur muselière lorsqu'ils étaient à l'extérieur. On prévoyait aussi des restrictions pour certains gros chiens non pitbulls.

Les mauvais arguments contre l'interdiction des pitbulls

 - L'intérêt des propriétaires. La préférence d'une personne pour les pitbulls ne devrait pas peser plus lourd que l'intérêt d'un enfant à ne pas se faire broyer les os. Il ne manque pas d'autres types de chiens.

 - L'intérêt de la race des pitbulls. On ne propose pas d'éliminer l'espèce des chiens. Il existe déjà des centaines de croisements canidés dont les spécimens sont parfois castrés. Dans ce cas-ci, on propose seulement de mettre fin à une poignée de croisements qui sont surreprésentés parmi les attaques.

 - « Le problème, c'est le maître, pas le chien ». Cette logique boiteuse est celle des militants proarmes. Et elle tourne en rond. Admettons que le problème soit bel et bien le maître. Pourquoi insister alors pour laisser un chien dangereux entre ses mains ? N'est-ce pas une raison de plus pour ne pas le laisser acheter ce qui peut blesser ? Si on interdit certaines armes, c'est justement parce qu'on ne peut pas en garantir un usage responsable.