C'est le monde à l'envers.La Coalition avenir Québec (CAQ), une formation qui n'a jamais été au pouvoir, à qui on prédisait une longue campagne et des bourdes à répétition, a fait preuve cette semaine de cohésion et de méthode, en plus de rester bien concentrée sur son message.

Tandis que le Parti libéral (PLQ), qui a gouverné plus longtemps que quiconque, reconnu pour sa discipline et ses airs de machine de guerre électorale, ressemblait à un parti d'amateurs à qui l'on venait d'apprendre le déclenchement imminent de la campagne...

Si les voyants rouges n'étaient pas déjà allumés dans le war room du PLQ, c'est le temps d'appuyer sur le bouton.

Bien sûr, il n'y a qu'une semaine de faite. Et la campagne électorale n'est même pas encore officiellement lancée. N'empêche en cinq jours à peine, les libéraux ont été frappés là où ça fait mal... à répétition.

D'abord, l'état de préparation avancée de la CAQ mine la stratégie du Parti libéral, qui tablait sur les gaffes de François Legault et de ses candidats peu expérimentés. Ce n'est pas ce qu'on a vu cette semaine. Il fallait d'ailleurs entendre l'entrevue de Geneviève Guilbault à l'émission 24/60 pour saisir à quel point ce parti semble prêt pour la lutte qui s'amorce... en plus d'avoir le couteau entre les dents.

Ensuite, la Coalition a réussi à imposer l'un des premiers enjeux de la campagne avec sa promesse d'un tarif fixe pour les CPE. Elle a ainsi contrôlé le message, et surtout, elle a touché un sujet sensible puisque les libéraux ont non seulement augmenté les tarifs... mais ils s'étaient engagés à ne pas le faire.

Et enfin, il y a l'affaire Ouimet-Ciccone, qui risque d'avoir plus de répercussions nationales que locales. Le PLQ aime dire que François Legault n'est pas fiable, car il a parfois dit une chose et son contraire. Or avec le psychodrame entourant le départ forcé de François Ouimet, c'est Philippe Couillard lui-même qui a récemment dit une chose et son contraire. Il sera plus difficile de maintenir cette ligne d'attaque...

Anecdotique, tout ça ? De l'histoire ancienne après le 1er octobre prochain ? Peut-être. Mais ce serait oublier que plus que jamais, les campagnes électorales sont importantes. Campaign matters, disent les anglophones.

Elles cristallisent parfois des mouvements existants lors du déclenchement des élections, mais en quelques semaines, elles peuvent aussi faire tourner le vent. Surtout à une époque de reconfiguration politique, alors que l'électorat est plus volatil que jamais et que les lignes de fracture idéologiques se multiplient.

Rappelons-nous d'ailleurs la victoire de Valérie Plante l'an dernier, alors qu'on prédisait un triomphe à Denis Coderre en début de campagne.

Rappelons-nous le succès de Justin Trudeau en 2015, alors qu'il était troisième dans les sondages au déclenchement des élections.

Et rappelons-nous les dernières élections québécoises, en 2014. La formation la plus populaire au début de la campagne était... le Parti québécois, qui a terminé deuxième après avoir perdu 12 % d'appuis. La CAQ et le PLQ avaient quant à eux profité des quelques semaines avant le jour J pour gagner six points chacun dans les intentions de vote.

Les jeux ne sont tout simplement pas faits avant le jour J. Mener une bonne campagne électorale peut donc faire toute la différence entre la première et la deuxième place, entre un gouvernement majoritaire ou minoritaire.

C'est encore plus vrai quand les enquêtes d'opinion sont serrées, comme c'est le cas actuellement. D'ailleurs, certains experts comme la professeure de l'Université de Montréal Claire Durand estiment que la CAQ et le PLQ sont encore plus près que ne le laissent croire les résultats des sondages. La présidente de la World Association of Public Opinion Research parle même d'une « parfaite égalité » à 35 % entre les deux formations, après une répartition non proportionnelle des discrets.

La campagne électorale a beau avoir débuté il y a plusieurs mois déjà, elle ne sera déclenchée que jeudi prochain. Mais avant même que les hostilités ne soient officiellement lancées, la CAQ a remporté une précieuse semaine.