Récapitulons: une étude commandée par le milieu des affaires conclut qu'il faut un stade de baseball dans le quartier des affaires pour attirer le milieu des affaires. Mais l'État doit payer la facture...

Publié le 14 déc. 2013
François Cardinal LA PRESSE

Manifestement, les Expos ne sont pas à la veille de revenir à Montréal!

Il faut évidemment saluer le travail de fond accompli par Warren Cromartie et la Chambre de commerce qui ont réussi à faire du retour du baseball une possibilité. L'étude qu'ils ont commandée donne en effet du poids aux prétentions du Conference Board qui soutenait, en 2011, que les conditions du marché sont réunies pour que la Ligue de baseball majeur revienne dans la métropole.

Le taux de change est plus favorable qu'à l'époque. Le partage des revenus des franchises favoriserait la ville. Et la hauteur des droits de diffusion rend aujourd'hui possible, sur papier du moins, le déménagement d'une équipe à Montréal.

Mais de là à affirmer, comme le fait Ernst&Young, que le projet est «viable financièrement» ? Il faut être présomptueux pour affirmer dans une même phrase que le projet est rentable... si les contribuables ramassent la facture. Il faut aussi avoir une définition élastique du mot «viable» pour l'appliquer à un projet privé qui repose sur un investissement public.

Dans un contexte où les gouvernements financent de moins en moins de stades en Amérique du Nord, où les finances publiques sont en aussi piteux état que les infrastructures, où Québec se demande que faire d'un stade qui nécessite l'installation d'un toit d'au moins 300 millions, comment peut-on exiger que l'État paye 67% du coût d'un deuxième stade?

Entendons-nous, le retour des Expos est souhaitable. Ce serait une excellente nouvelle pour la métropole. Les retombées économiques d'un tel projet sont indéniables. Les gouvernements ont donc le devoir de s'impliquer... en tant qu'accompagnateurs, non pas bailleurs de fonds.

Ce que ne dit pas l'étude dévoilée jeudi, c'est qu'en plus des 335 millions exigés en argent public, les gouvernements auraient à casquer pour bien d'autres éléments du projet. On évoque le bassin Wellington comme site potentiel: qui payerait pour la décontamination? On parle d'un terrain adjacent à l'autoroute Bonaventure: qui démolirait l'autoroute? On parle de l'Hôpital de Montréal pour enfants: qui céderait le terrain?

Le public, évidemment, qui offrirait ainsi une précieuse aide au projet. Une aide qui, dans le contexte budgétaire actuel, ne peut s'étendre à l'acquisition d'une équipe, pas plus qu'à la construction d'un stade.

Comme l'a dit Michael Fortier, grand partisan des Expos, le retour du baseball doit s'appuyer sur un plan d'affaires 100% privé. Surtout s'il est question d'un stade qui ne servirait qu'au baseball, contrairement à l'amphithéâtre multifonctionnel de Québec.

De deux choses l'une: ou bien le projet est trop risqué, auquel cas l'État doit s'en tenir loin. Ou bien le projet est rentable, auquel cas c'est au milieu des affaires de prouver qu'il est «viable».

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