On pourrait croire le temps de la voiture électrique venu. Plusieurs modèles sont en montre aux salons de l'auto de Montréal et de Detroit. Québec vient de dévoiler le réseau de bornes de recharge qu'il implantera dès ce printemps. Et la première du documentaire La revanche de la voiture électrique sera présentée cet après-midi à Montréal.

Or les apparences sont trompeuses, car s'il y a actuellement revanche, c'est plutôt celle du bon vieux moteur à explosion!

Entendons-nous, l'industrie de l'auto a bel et bien entrepris un virage vers des véhicules moins polluants. Mais pour l'instant, celui-ci s'appuie davantage sur une amélioration du moteur à combustion interne que sur les quelques véhicules électriques présentés à la galerie, comme la Leaf, la Volt et la iMiev.

Les constructeurs, en effet, nourrissent encore d'énormes doutes par rapport à ce marché naissant. Des doutes qui semblent augmenter au fur et à mesure que la consommation des véhicules à essence traditionnels baisse...

Entre une voiture qui n'émet aucun polluant mais qui coûte cher et une auto qui consomme peu mais qui est offerte à prix compétitif, l'industrie sait pertinemment que le consommateur choisira la seconde.

D'où l'essor, cette année, des véhicules plus petits (Cadillac ATS Sedan, Chevrolet Spark), des technologies moins énergivores (Eco-Boost de Ford, Sky Active de Mazda, ECO de GM) et des moteurs moins polluants (Subaru PZEV). D'où, aussi, la place prépondérante qu'occupent les modèles connus, mais revus et allégés (Mercedes SL, Chevrolet Malibu, BMW Série 3, etc.).

Le moteur à essence, clairement, n'a pas dit son dernier mot. Ce que confirment les ventes récentes aux États-Unis: de 2010 à 2011, malgré un regain du marché et un prix élevé à la pompe, la portion de véhicules hybrides et électriques est passée de 2,4% à 2,2%. Et ni la Leaf ni la Volt n'a atteint les 10 000 unités vendues, comme le souhaitaient Nissan et GM.

On comprend mieux, ainsi, pourquoi le consultant McKinsey et Company a conclu, dans un rapport dévoilé la semaine dernière, que le moteur à combustion interne devrait dominer le marché encore bien longtemps, jusqu'en 2030 au moins.

Il est donc beaucoup trop tôt pour parler d'une révolution ou même, d'une revanche. D'autant qu'on ne sait pas pendant combien de temps encore les fabricants et les gouvernements accepteront d'investir dans ce marché de niche sans qu'il ne décolle réellement.

On peut cependant se consoler en se disant que la crise économique n'a pas tué la voiture électrique, qu'aucun fabricant n'a capitulé malgré les difficultés rencontrées. Ce qui est une très bonne nouvelle vu l'ampleur des défis à surmonter: la disponibilité des batteries au lithium, l'implantation des bornes de recharge à laquelle Québec s'est attaquée et surtout, l'énorme réticence des acheteurs pour cette technologie jugée bien trop dispendieuse.

L'auto électrique est donc toujours dans la course. Mais le moteur à combustion est encore loin devant.