La transformation des commissions scolaires proposée jeudi par la ministre de l'Éducation n'a pas survécu au week-end. Attaquée par les syndicats, conspuée par les libéraux, désavouée par le premier ministre, elle a été renvoyée en comité. Autant dire à la poubelle.

Du moins, voilà l'interprétation que certains ont faite des événements de la fin de semaine... Dans les faits, les derniers jours ont plutôt révélé l'existence d'un consensus plus large que prévu autour de la réforme des commissions scolaires. Si bien qu'au lendemain du congrès du Parti libéral, jamais le moment n'a été aussi propice pour revoir la mission et le fonctionnement de ces instances locales...

Que proposait la ministre Beauchamp? D'alléger les structures, d'accroître l'autonomie des écoles et de lier une partie du budget de ces dernières à leur rendement.

Certes, le milieu de l'éducation s'est opposé avec vigueur - et avec raison - à ce dernier point. À peu près tous les acteurs ont rejeté ces contrats de performance importés des États-Unis, des contrats qui, en plus d'avoir prouvé leurs limites là-bas, vont à l'encontre du fondement même du système québécois d'éducation.

Mais au-delà de cette malheureuse suggestion, les positions des différentes parties sont beaucoup plus proches qu'il n'y paraît.

Les professeurs, par exemple, ont reconnu vendredi, par la voie de la Fédération autonome de l'enseignement, que des «ajustements» sont nécessaires, «notamment dans le fonctionnement des commissions scolaires».

Les cadres ont pour leur part réitéré, par l'entremise de l'Association des directeurs généraux des commissions scolaires, leur «volonté» de «réviser» en profondeur les processus administratifs afin de «les simplifier et d'accroître leur niveau d'efficacité».

Quant à la Fédération des commissions scolaires, elle a proposé vendredi les grandes lignes d'un plan d'action que l'on pourrait confondre avec... la proposition Beauchamp! Elle s'est en effet engagée à «simplifier l'administration publique» et «accroître l'autonomie des écoles».

Les solutions divergent certes, mais le diagnostic est le même, peu importe qui l'établit.

À la suite de ce que plusieurs ont qualifié de «rebuffade», à la suite aussi d'arguments pertinents soulevés par les régions et les anglophones, la ministre Beauchamp pourrait, malheureusement, être tentée de faire oublier ses intentions, de passer à un autre appel.

Ce serait une grave erreur. Les commissions scolaires, plombées par leur propre incurie, les frasques de leurs dirigeants et les nombreuses critiques dont elles ont fait l'objet, n'ont plus la crédibilité nécessaire pour accomplir leur tâche avec sérénité et efficacité (encore moins pour dessiner les contours de leur propre réforme).

Il est plus que temps de se pencher sur le malade. Non pas en proposant un remède de cheval concocté à la va-vite, mais en lançant un processus de réflexion (livre blanc ou comité consultatif) autour de la nécessaire réforme de ces institutions de grande importance.