Plus un rapport est nuancé, plus il a de risque d'être récupéré d'un côté comme de l'autre. Dernier en date, l'avis du comité sur l'accessibilité financière aux études. Les universités en concluent qu'une hausse des droits de scolarité serait sans effet sur l'accessibilité, alors que les étudiants y voient une preuve que cette même hausse empêcherait des milliers de jeunes d'accéder à l'université...

François Cardinal LA PRESSE

Or, si l'interprétation des universités est douteuse, celle des étudiants est carrément mensongère...

D'abord, précisons que le comité, nommé par le gouvernement après consultation du milieu, ne se prononce pas sur la pertinence d'augmenter les droits, une question hors de son mandat. Plutôt, il se concentre sur l'effet potentiel d'une telle hausse sur les étudiants à faible revenu, une réflexion très bien menée... et beaucoup plus équilibrée que ne le prétendent les deux parties en cause.

Bien que le comité juge les hausses de droits de scolarité «importantes», bien qu'il «s'inquiète» de leurs «effets négatifs possibles», il démontre qu'il est possible de les neutraliser par des mesures financières compensatoires, à condition qu'elles soient bien publicisées et connues des milieux visés.

C'est précisément ce qu'entend faire Québec en majorant l'aide financière aux étudiants. Ceux qui ont droit aux bourses seront pleinement compensés et ceux qui misent sur les prêts profiteront de modalités de remboursement assouplies. La dette à payer augmentera certes, mais elle continuera d'être parmi les plus faibles au pays.

L'inconnu, toutefois, c'est la manière et la vigueur avec lesquelles Québec compte faire connaître son régime de prêts et bourses, un élément beaucoup plus important qu'il n'y paraît. Les personnes à faible revenu ont en effet tendance à surestimer le niveau des droits et à sous-estimer les bénéfices d'une formation universitaire. L'augmentation des droits a donc le potentiel de renforcer cette perception... si elle n'est contrée par un solide plan de communication.

Le rapport étant pondéré, comme on le voit, il est pour le moins étonnant de lire les différentes interprétations qui en ont été faites cette semaine. On ne peut, en effet, prétendre que le comité «n'a pas été en mesure de démontrer l'effet négatif de la hausse des droits de scolarité», comme l'ont prétendu les universités. Pas plus qu'on ne peut conclure que le comité «révèle que la hausse va entraîner une baisse de 2,5%, soit près de 7000 étudiants», comme l'ont affirmé les étudiants.

L'avis cite bel et bien les scénarios passés d'une experte qui évoquaient, en 2007, qu'une hausse abrupte des droits pourrait provoquer une baisse des effectifs étudiants de 0,1 à 2,5%. Mais le comité les discrédite aussitôt en soulignant qu'on ne peut les extrapoler au contexte actuel et donc, qu'on ne peut s'y fier!

Loin de l'angélisme des uns et du catastrophisme des autres, le comité fait ainsi oeuvre utile avec un rapport tout en nuances que le gouvernement serait bien mal avisé d'ignorer.