Qu'est-ce qui est plus important pour une communauté, un parc ou une école? C'est la question que pose le débat enflammé qui secoue L'Île-des-Soeurs depuis quelques mois.

François Cardinal LA PRESSE

Dotée d'une seule école aussi vaste que bondée, l'île se voit obligée d'en construire une seconde, d'ici 2013. Après avoir soigneusement étudié chacun des 24 terrains potentiels, l'arrondissement a jeté son dévolu sur un unique espace... vert. Les riverains se sont aussitôt levés d'un bloc, scandant «un parc, c'est sacré».

Belle polémique sur papier... Mais dans les faits, on est loin du débat moral sur l'avenir de la Cité. Les riverains, manifestement, ne veulent pas tant conserver le parc de la Fontaine... qu'éloigner toute école du voisinage et surtout, le bruit qui s'en échapperait.

D'abord, précisons qu'aucun espace vert ne disparaîtra. La nouvelle école n'empiétera que sur... 10% du parc. Mieux encore, elle sera construite là où se trouvent actuellement un parc à chiens sans gazon et un stationnement en béton! On est loin du saccage d'un précieux écosystème...

Ensuite, l'arrondissement s'est engagé à respecter TOUTES les recommandations du comité de travail ad hoc, dans lequel se trouvaient des opposants. En un mot: tout ce qui sera chambardé sera réimplanté.

On craignait la perte d'espace vert? La rue Place de la Fontaine sera fermée pour agrandir le parc (sans compter la cour verte, le toit végétal et les arbres supplémentaires). On tenait à la piscine et aux terrains de tennis? Ils seront conservés. Au parc à chiens? Déplacé. Au chalet de la piscine? Reconstruit à même l'école.

Enfin, tous les désagréments soulevés par les opposants ont trouvé solution... On ne voulait pas perdre le stationnement sur rue? Chaque espace sera déplacé en sous-sol, sous l'école. On ne voulait pas de trafic additionnel dans la rue Berlioz? On a changé l'entrée de côté. On craignait un éventuel agrandissement du bâtiment? Seul l'espace nécessaire pour l'école a été dézoné.

Il est vrai qu'à ses débuts, le projet n'avait rien de bien harmonieux. Ce qui soulevait des questions quant au choix de vocation. Mais à force d'audiences publiques, de séances du conseil et de remue-méninges au sein du comité, l'arrondissement a réussi à améliorer le projet qu'elle doit adopter ce soir. Suffisamment, en tout cas, pour qu'il ne devienne un dangereux précédent.

On se retrouve ainsi avec un projet d'école bien pensé dans un parc (presque) entièrement préservé. Précisément l'équilibre que doit trouver une ville dont la priorité est de garder ses jeunes familles.

Bien difficile, tant les concessions ont été nombreuses, de comprendre l'acharnement des opposants. Rappelons-nous, d'ailleurs, que ce n'est pas la première fois que les résidants de L'Île-des-Soeurs se battent pour éloigner les enfants de leur cour. En 2009, un groupe de résidants d'une tour voisine avait déposé une pétition dans le but de faire fermer un parc pour enfants, sous prétexte qu'ils riaient et criaient trop fort...

Un parc, c'est sacré vous dites?