Oui, le budget et surtout le discours présentés hier par le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, sont ceux d'un gouvernement en année électorale.

Les mesures les plus en vue visent effectivement ceux qui auront à voter le 21 octobre prochain, c'est-à-dire les particuliers. Mais de là à dire qu'il s'agit d'un budget électoraliste, dans le sens péjoratif et racoleur du terme ? Au contraire, les mesures phares visent de réels besoins et cherchent à y répondre de manière plutôt sobre et mesurée.

L'accès à la propriété est un bon exemple. Le ministre Morneau cite les cas de Vancouver et de Toronto, où les prix des maisons et des condos ont depuis longtemps atteint des proportions vertigineuses. Mais même le marché montréalais devient de moins en moins abordable pour la fameuse catégorie de « la classe moyenne et ceux qui travaillent fort pour en faire partie » dont le gouvernement Trudeau parle constamment dans ses discours.

Le budget intervient avec deux outils dont le fédéral dispose déjà, le régime d'accession à la propriété (RAP) et la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL).

D'une part, la somme qu'un acheteur peut retirer de son REER (régime enregistré d'épargne-retraite) augmente de 10 000 $ pour atteindre 35 000 $, ce qui permet à un couple de « rapper » jusqu'à 70 000 $ comme mise de fonds pour sa résidence. Et en cas d'échec dudit couple, les ex-conjoints auront un peu plus de souplesse pour utiliser à nouveau le RAP pour racheter la part de l'autre ou investir dans une nouvelle propriété.

D'autre part, un nouveau programme, baptisé Incitatif à l'achat d'une première propriété, permettra aux ménages ayant un revenu inférieur à 120 000 $ de réduire leurs mensualités hypothécaires grâce à une participation de la SCHL, qui avancera jusqu'à 10 % du prêt sans en exiger de remboursement avant la revente de la résidence.

Si la seconde mesure est plus ciblée que la première, toutes deux s'adressent en réalité à un large public. Être propriétaire de son chez-soi est un souhait très largement répandu et qui ne préoccupe pas que les aspirants acheteurs. Lorsque des jeunes peinent à trouver une demeure à portée de leurs moyens, c'est souvent toute leur famille qui s'en préoccupe et se demande comment les aider.

L'incitatif à l'achat de véhicules zéro émission cible un besoin certes moins fondamental, mais répond à une question que se posent beaucoup de consommateurs au sujet de leur prochaine voiture.

En limitant la somme offerte à 5000 $ et son applicabilité aux véhicules de moins de 45 000 $, Ottawa envoie un signal encourageant, mais pas extravagant. Il devrait ainsi réussir à s'éviter les principales critiques que s'était attirées la première mouture du programme québécois.

Autre initiative qui s'adresse aux particuliers, non pas en tant que consommateurs, mais comme travailleurs, le crédit canadien pour la formation est tout sauf clinquant. Conçu comme une sorte de compte virtuel, ce nouveau programme vise à permettre aux Canadiens de 25 à 65 ans d'accumuler jusqu'à 5000 $ de crédits d'impôt remboursables applicables sur des droits de scolarité et autres dépenses connexes (frais accessoires, examens, etc.).

À 815 millions sur cinq ans, c'est une mesure fiscale importante par son coût, mais qui, de par sa nature, pourrait difficilement être qualifiée de populiste. Le programme est d'autant plus intéressant qu'il incite les travailleurs à faire leurs propres choix de formation continue au lieu de les laisser à la merci du bon vouloir de leurs employeurs. Cette initiative est toutefois si différente de ce à quoi on est habitué qu'il y a lieu de se demander si les libéraux auront assez des six prochains mois pour en démontrer l'intérêt à la population.

« Investir dans la classe moyenne » - tel est le titre que le ministre Morneau a donné à son quatrième opus budgétaire. C'est le défi qui attend son gouvernement d'ici aux élections : convaincre les Canadiens que les déficits enregistrés depuis 2015 au détriment du retour à l'équilibre budgétaire sont des investissements bien avisés, et non des dépenses inconsidérées.