Le mauvais outil au mauvais endroit

90% des alumineries canadiennes se trouvent au Québec,... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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90% des alumineries canadiennes se trouvent au Québec, rappelle Ariane Krol.

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Près d'une semaine plus tard, on n'en revient toujours pas. La décision, annoncée jeudi dernier, de mettre fin à l'exemption dont bénéficiait l'aluminium canadien pour lui assener une surtaxe de 10% est tellement mal ciblée qu'on se demande si les États-Unis pensent sincèrement aider leur industrie avec ça.

Inutile de pourfendre les pays alliés, c'est surtout de la Chine que vient le problème, et c'est ce dont tout le monde doit s'occuper.

On aimerait pouvoir vous dire que l'arbre cache la forêt et que l'administration Trump a cogné sur l'aluminium québécois (90% des alumineries canadiennes sont ici) parce qu'elle n'a pas vu le mur d'alumineries chinoises qui poussent derrière et, par leur surcapacité, font de l'ombre à tout le secteur.

Sauf que les États-Unis sont parfaitement au courant de la situation. La surproduction chinoise dopée au soutien étatique est citée à répétition dans l'enquête du département du Commerce américain. Le Canada y est d'ailleurs décrit comme «un fournisseur fiable» et «hautement intégré à la base industrielle de la défense américaine». Et l'exempter de mesures punitives est une suggestion qui revient maintes fois dans le document.

Les alumineries américaines, qui ne peuvent pas compter sur des sources d'électricité abordables et n'ont pas bénéficié des réinvestissements nécessaires pour améliorer la compétitivité, ont particulièrement souffert de la faiblesse des cours mondiaux. Il n'en reste que cinq en activité, dont deux seulement à pleine capacité. L'industrie américaine n'est cependant pas la seule touchée.

«Alors que la Chine accroît sa part écrasante du marché en ajoutant de nouvelles capacités en amont et en aval, grâce aux subventions publiques, à des tarifs discriminatoires sur l'aluminium primaire et aux programmes de soutien de toutes sortes, elle sape progressivement la concurrence du secteur privé», ont dénoncé les associations de l'aluminium canadienne, européenne, japonaise et américaine dans une déclaration commune à l'issue de leur sommet tenu à Montréal lundi.

Leurs entreprises membres veulent que les gouvernements s'entendent sur un cadre plus équitable. L'objectif : qu'une production nationale portée par des investissements gouvernementaux et un laxisme environnemental hors normes ne puissent pas tirer les prix par le fond - à plus forte raison en ce moment, alors que la demande mondiale est en plein essor. Ce serait en effet plus profitable pour tout le monde, mais ce ne sera pas une mince tâche.

La Chine produit aujourd'hui plus de la moitié de l'aluminium primaire dans le monde, et continue à accroître sa capacité à un rythme d'enfer.

Même quand Pékin prescrit des réductions de production saisonnières pour réduire les émissions des centrales au charbon, les provinces exécutent la commande à reculons. Comment s'en étonner? Les Chinois, comme les Américains ou les Québécois, n'ont pas envie de faire une croix sur ces emplois industriels.

Les participants au sommet de Montréal souhaitent d'abord rallier les dirigeants des pays membres du G7, puis de ceux du G20, dont fait partie la Chine.

Oui, ce sera un travail de longue haleine. Mais quelqu'un a-t-il mieux à proposer? Certainement pas la Maison-Blanche, dont les tarifs ne semblent pas près de convaincre les multinationales d'investir des millions pour redémarrer leurs cuves et embaucher.

En frappant les importations de ses alliés comme le Canada, l'Union européenne et le Mexique, Washington risque plutôt de porter un double coup à son économie - en faisant grimper le prix de l'aluminium dont ses transformateurs et manufacturiers ont besoin, et en attirant des mesures de représailles contre des secteurs vulnérables, comme l'agroalimentaire.

Allô, monsieur Trump? SVP, lâchez cette hache : vous ne réussirez jamais à éclaircir la forêt tout seul avec ça, et vous allez vous faire mal.




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