Montréal n'aura pas un seul centre d'injection supervisée pour les toxicomanes, mais plusieurs. Une approche qui devrait aider à l'acceptabilité sociale réclamée par le ministre de la Santé, mais qui en multiplie aussi le défi.

Le ministre Bolduc a donné son feu vert cette semaine à l'implantation de centres d'injection supervisée à Québec et à Montréal. À une condition toutefois: l'acceptabilité sociale, par les autorités municipale, policière et de santé, ainsi que par la population, les commerçants et les institutions des quartiers visés.

Bien que l'expérience de Vancouver ait prouvé l'utilité d'un centre d'injection supervisée, notamment pour réduire les décès par surdose, il faut s'adapter à la situation locale. Montréal a la chance de ne pas avoir de zone aussi sinistrée que le Downtown Eastside. Par contre, ses utilisateurs de drogues injectables sont plus éparpillés. Une partie au centre-ville, d'autres dans Hochelaga, Verdun et Saint-Henri, et plus au nord. Pour les rejoindre, il faudra donc ouvrir plusieurs centres à proximité. Des sites plus petits, donc générant moins d'affluence qu'un seul qui desservirait toute la métropole. Sauf qu'il y aura plusieurs quartiers à convaincre.

La nécessité médicale ne fait pas de doute. Les drogues consommées par injection à Montréal (la cocaïne et les opiacés médicamenteux arrivent aux premiers rangs, devant l'héroïne) sont particulièrement propices aux overdoses et favorisent les comportements à risque pour la transmission d'hépatites et du VIH.

Un centre d'injection supervisée ne fournit pas seulement du matériel propre, mais du personnel médical. Ce qui n'empêche pas les surdoses, mais évite qu'elles soient fatales. On épargne des vies, des transports ambulanciers, des hospitalisations. Et on établit un climat de confiance qui augmente la demande pour les cures de désintox.

Ces arguments vaincront-ils les réserves de tous et chacun? Espérons-le. D'autant que l'expérience d'Insite a montré qu'un tel service n'entraîne pas de hausse des méfaits dans les environs, mais plutôt une réduction des décès par surdose dans un rayon d'un demi-kilomètre.

D'autres facteurs, moins mesurables mais tout aussi importants pour le voisinage, devront également être contrôlés, en évitant par exemple les attroupements aux abords des sites. Ces services devraient réduire la présence d'aiguilles abandonnées dans les environs, mais si jamais ce n'était pas le cas, les centres auraient intérêt à s'en charger.

L'organisme Cactus, pressenti pour ouvrir le premier site à Montréal, a une longue expérience de collaboration avec son milieu. N'empêche, l'ajout de cette nouvelle mission en inquiète plusieurs. Elle sera sûrement plus facile à faire accepter si on peut garantir que les autres centres envisagés ouvriront rapidement, évitant ainsi que trop de toxicomanes affluent vers le même quartier.