Le chapitre BHP-Potash a pris fin dimanche, lorsque le géant minier anglo-australien a retiré son offre d'achat hostile sur le leader canadien de la potasse. Mais la page n'est pas tournée pour autant. Le gouvernement Harper doit clarifier sa position sur les prises de contrôle de cette envergure.

Le chapitre BHP-Potash a pris fin dimanche, lorsque le géant minier anglo-australien a retiré son offre d'achat hostile sur le leader canadien de la potasse. Mais la page n'est pas tournée pour autant. Le gouvernement Harper doit clarifier sa position sur les prises de contrôle de cette envergure.

Le ministre de l'Industrie Tony Clement a pris tout le monde par surprise en annonçant, le 3 novembre dernier, son refus de laisser BHP mettre la main sur le plus gros producteur de potasse au monde. Un geste explicable dans le contexte politique actuel, mais qui ne cadre ni avec le discours ni avec le parcours des conservateurs. Les règles du jeu canadiennes auraient-elles changé sans préavis? Sont-elles désormais à la merci de n'importe quel calcul électoraliste? Le gouvernement Harper s'en défend, bien sûr. Ses justifications, toutefois, ne convainquent personne.

L'offre de BHP n'était pas à l'avantage du Canada sur trois des critères prévus à la loi sur Investissement Canada, a indiqué le ministre Clement dimanche. La prise de contrôle de Potash par BHP n'aurait pas eu d'effet positif sur l'industrie canadienne de la potasse, ni sur la compétitivité du Canada à l'étranger. Elle aurait même eu des effets négatifs sur l'activité économique canadienne, en remettant en question certains investissements.

Autrement dit, Potash Corp. ne ferait pas mieux en passant sous la coupe de BHP. On n'a pas de mal à le croire. Mais combien, parmi les grandes prises de contrôle étrangères effectuées ici au cours des dernières années, auraient passé ce test? Alcan? Inco? Les explications du ministre de l'Industrie puent la justification a posteriori.

C'est un jeu dangereux. Un pays qui prône la libéralisation des marchés avec une telle insistance, et qui en profite autant que le Canada n'a pas le choix : il doit prêcher par l'exemple. Ça n'oblige pas à approuver toutes les tentatives d'acquisition. Ça impose, par contre, de se donner un cadre cohérent et fiable.

BHP Billiton a dépensé environ 350 millions de dollars US pour faire son offre sur Potash Corp. En pure perte. Si le Canada ne clarifie pas ses règles du jeu, les investisseurs y penseront à deux fois avant de prendre un tel risque.

Tony Clement s'est engagé à indiquer rapidement comment il interprétera désormais les fameux critères de la loi. Précision utile, mais qui met en relief la faiblesse de cette grille d'analyse. Ces six facteurs, tels qu'ils sont énoncés, laissent trop de place à l'arbitraire politique.

Le ministre de l'Industrie s'est dit ouvert à une révision du processus d'examen. Il devrait plutôt en prendre l'initiative, et en faire un dossier prioritaire. Les transactions spectaculaires arrivent généralement sans crier gare. Et comme on l'a vu avec Potash Corp., l'improvisation est bien mauvaise conseillère.