C'est vraisemblablement lors du prochain scrutin présidentiel, en 2020, que les Américains décideront s'ils veulent tourner la page sur l'ère Trump. Pas avant.

Certains démocrates souhaitaient lancer une procédure de destitution à l'encontre du président, mais ils auront bien du mal à convaincre une majorité de parlementaires de se ranger derrière eux à la suite du verdict rendu par le procureur indépendant Robert Mueller. À l'issue d'une enquête de 22 mois, il a affirmé qu'il n'y avait pas eu de collusion entre l'équipe de campagne de Donald Trump et la Russie en 2016.

À toute chose malheur est bon : tenter de destituer le président aurait certainement provoqué un psychodrame national - certains ont même prédit une nouvelle « guerre civile ». Les partisans du milliardaire républicain étaient pour la plupart déjà convaincus que l'enquête de Robert Mueller était une « chasse aux sorcières ». Ils auraient eu l'impression que les démocrates n'étaient qu'une bande de tricheurs tentant de voler la présidence à Trump. Ils auraient crié au coup d'État.

Considérer le verdict de Robert Mueller sous cet angle est une bonne façon de voir le verre à moitié plein...

Parallèlement, comme l'a écrit l'ancien directeur du FBI James Comey la semaine dernière, il était crucial que les États-Unis puissent démontrer qu'ils ont « un système judiciaire qui fonctionne, parce qu'il y a des gens qui croient en lui et qui s'élèvent au-dessus des intérêts personnels et de l'esprit de clan ». C'est chose faite puisque le procureur indépendant a été en mesure de mener son enquête jusqu'au bout.

C'est chose faite... malgré Donald Trump. C'est important de le préciser. La façon dont le président a tenté de torpiller cette enquête au cours des dernières années et dont il a miné sa crédibilité (il la qualifiait encore hier d'« entreprise de démolition illégale ») a été odieuse ; le reflet du mépris qu'il affiche à l'égard de l'état de droit.

D'ailleurs, la deuxième partie du rapport du procureur indépendant - ou du moins ce qu'on en sait, car on a jusqu'ici pu lire uniquement un résumé de quatre pages préparé par le ministre de la Justice William Barr - est incriminante pour le président en la matière. Sur la question d'entrave à la justice, Robert Mueller « ne conclut pas que le président a commis un crime », mais « il ne le disculpe pas non plus ».

Ça aussi, c'est important de le préciser. Trump, en se disant « totalement disculpé », ne fait que proférer un mensonge de plus.

Même avant de connaître les résultats de l'enquête du procureur indépendant, il était évident que Trump avait tenté d'empêcher qu'on fasse la lumière sur ses liens avec Moscou. Il a limogé James Comey. Il a réclamé le congédiement de Robert Mueller. Il a refusé d'accepter que son ancien ministre de la Justice Jeff Sessions se récuse de l'enquête sur la Russie... Il a plusieurs fois franchi une ligne rouge avec une insouciance indigne d'un président américain.

Les démocrates ont d'ailleurs raison d'exiger la publication de la version intégrale du rapport. Avoir accès aux conclusions du procureur indépendant est la seule façon de pouvoir évaluer avec justesse les torts du président en ce qui concerne l'entrave à la justice.

C'est aussi essentiel si on veut pouvoir comprendre pourquoi Robert Mueller estime qu'il n'y a pas eu collusion avec la Russie même si plus d'une douzaine de membres de l'équipe Trump ont discuté avec des responsables russes pendant la campagne et même s'il a été prouvé hors de tout doute que les autorités russes ont déployé des efforts substantiels pour faire élire le candidat républicain.

Le rapport de Robert Mueller pourrait aussi servir de carburant aux autres enquêtes menées par le Congrès américain. Car même si le sujet de la collusion n'est plus à l'ordre du jour, les parlementaires et la justice américaine se penchent encore sur plusieurs autres malversations et tripotages présumés de Donald Trump et de sa garde rapprochée.

Les républicains n'ont pas travaillé main dans la main avec les Russes lors de la dernière élection présidentielle, mais ça ne change absolument rien au fait que Donald Trump est un menteur pathologique et aussi un escroc et un tricheur, comme l'a si bien décrit son ancien avocat Michael Cohen.

Non seulement le président américain n'a pas été totalement disculpé hier, mais les preuves s'accumulent quant au fait qu'il est capable d'orchestrer les plus tordus des sales coups. Il n'y a pas eu de collusion, fort bien. Et tant mieux ! Mais prétendre que cet homme est blanc comme neige est une insulte à l'intelligence.