Les élus de la Coalition avenir Québec (CAQ) répètent à satiété qu'ils veulent « prendre soin » des immigrants. Ils ont absolument raison d'insister sur l'importance de mieux intégrer les nouveaux arrivants, notamment en favorisant davantage l'apprentissage du français.

Or, voici pour eux une bonne occasion de passer de la parole aux actes : permettre aux enfants des demandeurs d'asile d'avoir accès aux garderies subventionnées.

Non seulement ce ne serait pas très compliqué, mais ça leur permettrait de corriger une erreur commise par les libéraux, ce qui ne devrait pas leur déplaire !

L'an dernier, le gouvernement Couillard avait envoyé une directive aux garderies subventionnées pour les sommer de ne pas laisser ces enfants fréquenter leurs établissements. Ceux qui étaient déjà inscrits avaient le droit d'y demeurer, mais certains ont malgré tout été expulsés.

Le geste avait soulevé la controverse. Ce n'est pas étonnant. Sur le plan humain, c'est douteux. Et sur le plan des politiques publiques, c'est contre-productif. Les opposants à cette initiative l'ont expliqué à plusieurs reprises au cours de la dernière année, notamment dans une lettre qui vient d'être signée par plus de 200 professionnels de la santé et intervenants qui travaillent auprès des demandeurs d'asile.

Ils ne mâchent pas leurs mots.

L'impact d'exclure les demandeurs d'asile (dont plusieurs obtiendront le statut de réfugié) du réseau de garderies subventionnées est « dévastateur » pour leur intégration, disent-ils. On voit mal comment on pourrait leur donner tort.

De toute évidence, si les enfants actuellement rejetés par le système y avaient accès, leurs parents pourraient plus facilement chercher ou occuper un emploi et, par conséquent, contribuer à l'économie du Québec et atténuer la pénurie de main-d'oeuvre. lls seraient aussi, forcément, plus susceptibles de suivre des cours de français.

Quant aux enfants, un séjour dans une garderie subventionnée leur profiterait assurément. Rappelons que ces jeunes sont souvent particulièrement vulnérables en raison de ce qu'ils ont traversé ; davantage, par exemple, que les enfants d'immigrants économiques. Et la CAQ, rappelons-le, a aussi promis de prendre les mesures nécessaires pour éviter que les enfants fassent leur entrée à l'école avec un retard d'apprentissage.

Notons d'ailleurs que Québec permet aux enfants de demandeurs d'asile de fréquenter l'école publique. Pour ne pas les pénaliser. Pourquoi ce raisonnement ne serait-il pas valable dans le cas des garderies subventionnées ?

En somme, le gouvernement de François Legault aurait tout avantage à rectifier le tir dès maintenant. Bien sûr, une telle mesure aurait un coût. Mais il y a aussi un coût à ne rien faire. Si on ne facilite pas l'accès au marché du travail à ces parents, ils seront vraisemblablement plus nombreux à réclamer de l'aide sociale en attendant que leur dossier soit évalué. Ils doivent attendre, rappelons-le, environ un an et demi pour une première audience à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié.

Rappelons aussi qu'Ottawa a récemment accéléré la remise de permis de travail aux demandeurs d'asile pour qu'ils puissent plus rapidement faire leur entrée sur le marché du travail. Raison de plus pour que Québec agisse promptement.

Pourtant, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, tergiverse. Il se dit « sensible » aux besoins des demandeurs d'asile et il a rencontré la semaine dernière les intervenants qui se mobilisent à ce sujet. En revanche, il dit attendre que le gouvernement fédéral accorde à Québec une somme destinée aux divers services fournis à un rythme plus soutenu depuis l'afflux de migrants à la frontière canado-américaine.

Le versement de cette somme a déjà trop tardé, c'est vrai. Mais d'ici à la conclusion d'un accord avec Ottawa, rien n'empêche le ministre de prendre soin de ces familles.