«Maduro usurpateur.» On a vu ce slogan sur les affiches de protestataires, au Venezuela, lors de récentes manifestations de l'opposition. Le message est aussi clair que le constat est implacable : Nicolás Maduro est un président illégitime.

Le successeur d'Hugo Chávez a été réélu, l'an dernier, lors d'un scrutin truqué. Il est donc justifié de réclamer une nouvelle élection présidentielle et d'encourager l'armée à lâcher l'actuel chef d'État, comme l'ont fait le Canada et ses alliés du Groupe de Lima hier, en direct d'Ottawa.

C'est ce qu'ont fait aussi, à peu près au même moment, une vingtaine de pays européens. Ils ont annoncé hier qu'ils se rangeaient derrière l'opposant Juan Guaidó, politicien qui s'est autoproclamé président par intérim du pays le mois dernier.

Organiser une élection présidentielle «libre et juste» est d'autant plus urgent que la crise actuelle fait penser à des sables mouvants : le pays s'enfonce chaque jour un peu plus et semble incapable de s'en sortir.

Sur le terrain, la crise économique s'est envenimée au point de devenir un drame humanitaire qui s'est lui-même transformé en une crise régionale. La responsabilité du régime vénézuélien dans ce désastre ne fait aucun doute.

La plupart des Vénézuéliens vivent désormais dans la pauvreté. La situation est si catastrophique que plus de 2 millions d'entre eux ont décidé de fuir ce pays de 32 millions d'habitants.

Il faut saluer, en ce sens, l'aide de 53 millions annoncée hier par Ottawa pour atténuer les souffrances des Vénézuéliens. Reste à voir comment elle pourra arriver à bon port, rapidement.

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Comment favoriser une transition politique pacifique alors que Nicolás Maduro refuse tout compromis et que l'armée continue en général de faire preuve de loyauté? 

Essentiellement, il faut continuer de maintenir la pression sur le régime. C'est pourquoi une rencontre comme celle d'hier à Ottawa est utile.

Elle permet de rappeler, par ailleurs, qu'évoquer une transition politique doit forcément se traduire par une médiation, donc par le dialogue et la négociation. C'est ce que le Canada et ses alliés devront préparer.

Il était bon d'entendre hier la ministre canadienne des Affaires étrangères confirmer que le Canada «exclut» l'option militaire et que le Groupe de Lima privilégie le «processus diplomatique qui exclut la coercition et la force». Car mettre de l'huile sur le feu ne servirait qu'à le transformer en brasier. Le défi de reconstruire le pays après le départ de Maduro s'annonce déjà assez complexe, il serait bête de le compliquer davantage.

Ottawa aurait tout avantage à tenter de le faire comprendre à Washington. Car on a clairement indiqué, à la Maison-Blanche, que toutes les options sont sur la table. Notamment celle d'une intervention militaire.

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Il faut noter en terminant que le sort du Venezuela est aussi un test pour les démocraties de la planète en cette ère où les dirigeants autoritaires ont le vent en poupe. Notons d'ailleurs que ceux-ci, de la Chine à la Russie en passant par l'Iran, ont pris la défense du régime de Nicolás Maduro.

La démocratie continuera-t-elle de régresser au cours des prochaines années? Le bras de fer qui se joue actuellement au Venezuela nous fournira sous peu une partie de la réponse à cette question fondamentale.