Jamais encore le Canada n'avait véritablement pris la mesure de la transformation subie ces dernières années par la Chine. Ce constat, nous sommes forcés de le faire aujourd'hui à la dure.

Il est révolu, le temps où la Chine suivait les leçons de l'ancien président Deng Xiaoping, qui préconisait de faire « profil bas ». Une stratégie selon laquelle il fallait « cacher ses talents et attendre son heure ».

La nouvelle Chine, celle du président Xi Jinping, s'affirme. Le dragon chinois n'hésite plus à gonfler ses muscles. Mais il y a une différence entre assumer sa puissance et faire preuve d'arrogance. Et l'un peut aller sans l'autre.

Or, dans le bras de fer qui oppose Pékin à Ottawa, les autorités chinoises ne font plus cette nuance. Ils ont décidé d'adopter l'attitude du fier-à-bras qui menace et intimide. Celui qui est persuadé que la fin justifie les moyens, même si cela signifie s'attaquer férocement à un ami.

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Quand s'arrêtera l'escalade chinoise ?

Dans la foulée de l'arrestation à Vancouver de Meng Wanzhou, directrice financière de l'entreprise Huawei (à la demande de Washington, rappelons-le), la Chine a commencé à interpeller des Canadiens en décembre dernier. Certains croupissent actuellement en prison, ce qui ressemble à des représailles de la part de Pékin.

Même si la responsable de Huawei a été libérée sous caution, la Chine semble prendre un malin plaisir à se venger sur le Canada encore et encore. C'est terriblement troublant.

En début de semaine, un Canadien, Robert Lloyd Schellenberg, a été condamné à la peine capitale pour des crimes qui lui avaient initialement valu une peine de 15 ans de prison.

Et ce dossier noir vient de s'épaissir encore un peu plus : le Globe and Mail a révélé mercredi que la Chine avait violé la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Non seulement les autorités chinoises ont mis l'ex-diplomate canadien Michael Kovrig derrière les barreaux, mais elles l'ont aussi interrogé en long et en large au sujet du travail qu'il a accompli dans le passé comme employé à l'ambassade du Canada. La Chine n'accepterait certainement pas que des États fassent subir le même traitement à ses anciens diplomates.

Les gestes faits ces dernières semaines sont inqualifiables. Tout comme certaines paroles prononcées par des représentants du pouvoir chinois. L'ambassadeur de Chine au Canada a comparé hier l'arrestation de Meng Wanzhou a « un coup de poignard » et il s'est permis de faire la leçon à Justin Trudeau. Il y a une dizaine de jours, cet ambassadeur avait carrément soutenu que « l'égocentrisme occidental et la suprématie blanche » étaient à la source de l'attitude du Canada et de ses alliés dans cette affaire. Des propos indignes d'un diplomate.

Une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a pour sa part attaqué de façon inadmissible, hier, la ministre canadienne Chrystia Freeland, l'accusant d'être « incapable de s'empêcher de parler sans réfléchir ».

Une conclusion s'impose : l'arrogance de la Chine depuis le début de cette affaire n'a d'égal que sa brutalité. La proverbiale sagesse chinoise nous manque terriblement.

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Le gouvernement Trudeau, pour sa part, semble avoir opté pour la stratégie qui lui a permis de limiter les dégâts dans sa relation avec les États-Unis depuis l'avènement de Donald Trump - président dont les excès semblent hélas inspirer le pouvoir chinois.

Le pragmatisme est de mise à Ottawa. Il s'agit de ne pas se laisser intimider et de réagir avec fermeté, sans toutefois jeter d'huile sur le feu inutilement. Et d'utiliser tous les moyens à sa disposition pour convaincre la Chine qu'elle fait fausse route (mobiliser nos alliés et solliciter l'aide du milieu des affaires, par exemple).

Le plus triste dans tout cela, c'est que la Chine est en train de mettre à mal la solide relation qu'elle entretenait avec le Canada pour régler ses comptes... avec les États-Unis.

Mais il faudra peut-être s'habituer à cette position inconfortable : le Canada est actuellement coincé entre deux superpuissances qui estiment désormais qu'en relations internationales, la raison du plus fort est toujours la meilleure. Cela n'augure rien de bon quant à la suite des choses.