On commence à se rendre compte que le Canada est loin d'être immunisé contre les attaques de trolls qui proviennent de l'extérieur de nos frontières. Il était temps !

Une équipe de journalistes de La Presse a récemment analysé une banque de données de tweets liés à la tristement célèbre usine de trolls russes sobrement baptisée Internet Research Agency. Elle a ensuite procédé à une comparaison croisée avec ce que les autorités américaines ont révélé depuis le début de 2018.

Nos journalistes ont pu confirmer que les trolls russes avaient ciblé le Canada à plusieurs reprises au cours des dernières années. Objectif : désinformer et diviser.

C'est aussi hallucinant qu'inquiétant. Pensez-y : un tweet que vous avez peut-être aimé ou relayé a pu, au départ, être rédigé par un troll au service de celui qu'on surnomme le « chef » de Vladimir Poutine, un oligarque russe du nom d'Evgueni Viktorovich Prigojine.

Et on sait fort bien que ces agitateurs sévissent aussi sur Facebook impunément, dans le but de polariser la population du pays.

L'an dernier, l'ancien directeur du FBI James Comey avait d'ailleurs mis en garde les Américains. « Nous parlons d'un gouvernement étranger qui, par l'intrusion informatique et de nombreuses autres méthodes, a essayé de façonner la manière dont nous pensons, votons et agissons », avait-il dit lors d'un témoignage devant le Sénat américain, ajoutant que le problème « concerne vraiment tous les Américains ».

Eh bien, il ne fait aucun doute, aujourd'hui, que ce problème concerne aussi tous les Canadiens.

En début d'année, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) l'avait laissé entendre en publiant un rapport découlant d'un atelier au sujet des « défis sécuritaires » liés à la désinformation. Le pays de Vladimir Poutine a été montré du doigt lors de cette rencontre.

« La Russie se distingue par sa stratégie de désinformation extrêmement élaborée visant à perturber les régimes politiques d'autres pays, à influencer les opinions politiques de ses citoyens ainsi qu'à semer et à attiser la division et la méfiance », a-t-on expliqué.

C'est profondément troublant. Pourtant, rares sont ceux qui, de ce côté-ci de la frontière, semblent avoir pris la mesure de cette menace. Tant parmi les usagers (connaissez-vous quelqu'un qui boycotte les réseaux sociaux parce que ceux-ci permettent aux trolls russes d'y faire la pluie et le beau temps ?) que chez nos gouvernements.

Jusqu'ici, Ottawa n'a jamais osé mettre au pas les réseaux sociaux. C'est plutôt l'inverse. Il les dorlote.

Une prise de conscience s'impose. Il faut faire preuve de vigilance, oui, mais pas seulement. D'autres façons de freiner cette ingérence étrangère dans nos affaires intérieures doivent être rapidement envisagées. De grâce, n'attendons pas que la situation s'envenime - les trolls risquent fort de déclencher une offensive majeure lors des prochaines élections fédérales - pour réagir !